Chaque jour, le vieil homme arpentait les bords du fleuve. Il marchait penché sur une canne, portant des lunettes noires, et jamais je ne vis ses yeux qu’il levait parfois vers le ciel, à la recherche de je ne sais quel détail inaperçu par le commun des passants.
Sa démarche était celle d’un crabe précautionneux, attentif au moindre de ses pas. Se promenait-il, ou meublait-il les journées, incapable de rester tranquille chez lui ? En vérité, il n’avait guère l’allure du promeneur, dont la (...)
Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.
Elle passait chaque jour dans la rue du château, tirée par son chien. Puis elle tournait à droite, montait jusqu’ à l’église et continuait son chemin vers le cimetière. Là, elle rendait visite à ceux et celles qui étaient partis avant elle, qu’elle connaissait à peine en vérité, mais qui avaient habité le village. Elle enlevait les fleurs fanées des tombes, arrosait les plantes, nettoyait.
Ses journées étaient rythmées par ses visites aux morts. Comme le chien tirait toujours, les allers et retours (...)
Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.
Nietzsche, mourant, rêvait de se rendre à Oaxaca afin d’y recouvrer la santé. D’autres, et moi parmi eux, ont rêvé de mourir pour aller ensuite à Oaxaca. Car à n’importe quel moment, et ne serait-ce qu’un moment, là où je veux être c’est sur le zócalo.
Il s’agit de bien plus que de rester assis à l’aise pendant des heures, comme dans les magazines touristiques, à la terrasse surélevée du café, en laissant porter le regard sur les rues à petits pavés ronds sans voitures, les fleurs orange dans le (...)
Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.
Dans le Monde du 29 janvier, Florence Noiville rend un très bel hommage au poète yiddish Avrom Sutzkever, qui vient de disparaître en Israël à l’âge de 96 ans. Nous reprenons son article plus bas, notamment ce passage bouleversant concernant les années passées dans le ghetto de Vilnius : "Là, avec une poignée d’intellectuels juifs, il fait partie des "brigades du papier", qui, sur ordre des nazis, doivent trier les ouvrages issus des exceptionnelles collections de la bibliothèque du Yivo (l’institut (...)