Œuvres ouvertes

Le 15 septembre 1846, Flaubert écrit à un certain Emmanuel Vasse de Saint-Ouen : « Je m’occupe un peu de l’Orient pour le quart d’heure, non dans un but scientifique, mais tout pittoresque : je recherche la couleur, la poésie, ce qui est sonore, ce qui est chaud, ce qui est beau. J’ai lu le Baghavad-Gitâ, le Nalus, un grand travail de Burnouf sur le Buddhisme, les hymnes du Rig-Véda, les lois de Manou, le Koran et quelques livres chinois ; voilà tout »
Jaouik Moulay-Badreddine, doctorant à (...)

Etre aveugle trois jours sur six était une expérience singulière. Pendant trois jours, ses paupières gonflées recouvraient ses yeux et elle ne pouvait rien distinguer de ce qui l’entourait. Puis au bout de trois jours la douleur s’apaisait et elle pouvait de nouveau voir.
Elle finit par s’habituer à cette vie d’aveugle à mi-temps, supportant avec sagesse les longues journées dans une semi-obscurité, dans l’attente de la lumière qui devait revenir et puis disparaître à nouveau.
Sa sensibilité aux sons (...)

Serge Meitinger a fait paraître depuis l’an dernier quatre oeuvres chez le même éditeur, Le Chasseur abstrait.

C’était il y a deux ans : Léo Scheer ne jurait que par ce qu’il appelait la « rétropublication », c’est-à-dire la publication sous forme de livre papier d’un manuscrit ou « m@nuscrit » d’abord mis en ligne et téléchargeable gratuitement sur son propre site. Après une dizaine de titres publiés, il semble que l’éditeur ait changé son fusil d’épaule, créant une collection nouvelle de textes portant la marque ELS et édités en ligne, dans ce qui ressemble à une ébauche d’édition numérique. Voici ce qu’écrivait Scheer (...)

Il allait à travers les bois, puis à travers les forêts. Il traversait des champs de maïs, disparaissant. Il longeait des sentiers, passait sous les branches, le plus silencieusement possible. Il ne repérait rien, ne notait rien. Il avançait simplement dans ce qu’ il croyait être le centre du pays, il s’ y enfouissait plutôt, évitant toute rencontre. Il se cachait des heures entières, tapi dans les herbes, puis reprenait son chemin, mais quel chemin était-ce exactement ? Lui avait-on dit de revenir à (...)

On ne fait que commencer d’entrevoir ce que fut le dialogue poétique d’Ingeborg Bachmann et de Paul Celan, qui furent à la fois si proches et si étrangers l’un à l’autre, dans la poésie et dans la passion qui les lièrent simultanément.
Le dialogue fut rien de moins que sentimental : rude, âpre, sans concession ; deux conceptions de la vie et de l’écriture se rencontrèrent souvent, se heurtèrent plus souvent encore, car par-delà ce qui les liait et ce qui les séparait, il fallait compter aussi avec le (...)

Des traits de lumière sortent de mon front et dessinent des histoires. Toutes représentent ce que je suis en train de devenir. Je suis l’homme des pistes barrées. Comment pourrait-il en être autrement, au sein de ce monde où même les rivières ne circulent plus librement ? Où plus aucune vie ne ressemble à un Destin ? Où nos histoires s’empilent les unes à côté des autres sans trouver cohérence ? L’argent est désormais la seule complicité.
Je suis un être multiple tenu tranquille devant ma machine. Ma (...)

Sortie de la littérature
Roger Caillois appartient à cette génération d’intellectuels qui ont voulu rompre avec un certain état de la culture et inventer une nouvelle pratique de l’écriture poétique, d’où sa participation, dès l’âge de dix-neuf ans, aux activités du groupe surréaliste. Aux côtés d’André Breton - qui reconnaîtra assez vite en lui la « boussole mentale » du mouvement -, il s’intéresse aux phénomènes oniriques, à la part d’inconnu qu’ils révèlent en nous et jusque dans notre rapport au monde, en (...)

Je suis une enfant du village et une fille unique. J’ai souvent été seule dans les paysages, seule dans les champs, à garder les vaches. A l’époque, je n’avais pas de mots pour le dire, mais le paysage me paraissait menaçant. Je me disais : il va nous manger. Il nous nourrit, mais j’ai vu aussi comment les gens y mourraient. Nous mangeons le paysage et un jour, c’est lui qui nous dévore. Sous terre, nous devenons des plantes, c’est une sorte de continuité.
Au catéchisme, on nous disait "Dieu est (...)

Les animaux s’étaient désormais attaqués aux grandes villes. Ils étaient ainsi quelques milliers à traverser les centres urbains et à coloniser les jardins publics, les plus visibles étant les sangliers qui retournaient la pelouse de leur groin.
Des habitants des immeubles fabriquaient des panneaux sur lesquels ils dessinaient les bêtes, en demandant qu’on fermât bien les entrées de ces jardins. De moins en moins farouches, ils s’aventuraient en horde au grand jour dans des cours d’immeuble, dans des (...)