Œuvres ouvertes

Il était facile de devenir un badaud. Il suffisait de ralentir le pas, de sembler flâner, même sans faire du lèche-vitrines, de regarder un chantier en cours à tel endroit de la ville, de s’arrêter devant une statue et de la contempler avec une certaine désinvolture, et l’on était un badaud. Celui qui jouait de l’accordéon n’en était pas un, ni celui qui accostait les passants pour leur donner un prospectus. Quantité de gens qui étaient dans la rue ne pouvaient avoir ce statut, car ils étaient pour la (...)

La mission du véritable écrivain est aujourd’hui de faire sortir la littérature du livre. Le non-livre et la non-écriture sont, pour moi, les matières littéraires de l’avenir
Il faut lire l’entretien qu’a donné Marc-Edouard Nabe à la Revue littéraire en 2007. On y découvre le sens véritable qu’accorde l’écrivain à la composition de tracts donnés directement à lire dans la rue (tracts qui rappellent les "placards" qu’aimait aussi afficher René Char à l’Isle sur la Sorgue) à travers une condamnation sans appel (...)

Le 15 septembre 1846, Flaubert écrit à un certain Emmanuel Vasse de Saint-Ouen : « Je m’occupe un peu de l’Orient pour le quart d’heure, non dans un but scientifique, mais tout pittoresque : je recherche la couleur, la poésie, ce qui est sonore, ce qui est chaud, ce qui est beau. J’ai lu le Baghavad-Gitâ, le Nalus, un grand travail de Burnouf sur le Buddhisme, les hymnes du Rig-Véda, les lois de Manou, le Koran et quelques livres chinois ; voilà tout »
Jaouik Moulay-Badreddine, doctorant à (...)

Etre aveugle trois jours sur six était une expérience singulière. Pendant trois jours, ses paupières gonflées recouvraient ses yeux et elle ne pouvait rien distinguer de ce qui l’entourait. Puis au bout de trois jours la douleur s’apaisait et elle pouvait de nouveau voir.
Elle finit par s’habituer à cette vie d’aveugle à mi-temps, supportant avec sagesse les longues journées dans une semi-obscurité, dans l’attente de la lumière qui devait revenir et puis disparaître à nouveau.
Sa sensibilité aux sons (...)

Serge Meitinger a fait paraître depuis l’an dernier quatre oeuvres chez le même éditeur, Le Chasseur abstrait.

C’était il y a deux ans : Léo Scheer ne jurait que par ce qu’il appelait la « rétropublication », c’est-à-dire la publication sous forme de livre papier d’un manuscrit ou « m@nuscrit » d’abord mis en ligne et téléchargeable gratuitement sur son propre site. Après une dizaine de titres publiés, il semble que l’éditeur ait changé son fusil d’épaule, créant une collection nouvelle de textes portant la marque ELS et édités en ligne, dans ce qui ressemble à une ébauche d’édition numérique. Voici ce qu’écrivait Scheer (...)

Il allait à travers les bois, puis à travers les forêts. Il traversait des champs de maïs, disparaissant. Il longeait des sentiers, passait sous les branches, le plus silencieusement possible. Il ne repérait rien, ne notait rien. Il avançait simplement dans ce qu’ il croyait être le centre du pays, il s’ y enfouissait plutôt, évitant toute rencontre. Il se cachait des heures entières, tapi dans les herbes, puis reprenait son chemin, mais quel chemin était-ce exactement ? Lui avait-on dit de revenir à (...)

On ne fait que commencer d’entrevoir ce que fut le dialogue poétique d’Ingeborg Bachmann et de Paul Celan, qui furent à la fois si proches et si étrangers l’un à l’autre, dans la poésie et dans la passion qui les lièrent simultanément.
Le dialogue fut rien de moins que sentimental : rude, âpre, sans concession ; deux conceptions de la vie et de l’écriture se rencontrèrent souvent, se heurtèrent plus souvent encore, car par-delà ce qui les liait et ce qui les séparait, il fallait compter aussi avec le (...)

Des traits de lumière sortent de mon front et dessinent des histoires. Toutes représentent ce que je suis en train de devenir. Je suis l’homme des pistes barrées. Comment pourrait-il en être autrement, au sein de ce monde où même les rivières ne circulent plus librement ? Où plus aucune vie ne ressemble à un Destin ? Où nos histoires s’empilent les unes à côté des autres sans trouver cohérence ? L’argent est désormais la seule complicité.
Je suis un être multiple tenu tranquille devant ma machine. Ma (...)

Sortie de la littérature
Roger Caillois appartient à cette génération d’intellectuels qui ont voulu rompre avec un certain état de la culture et inventer une nouvelle pratique de l’écriture poétique, d’où sa participation, dès l’âge de dix-neuf ans, aux activités du groupe surréaliste. Aux côtés d’André Breton - qui reconnaîtra assez vite en lui la « boussole mentale » du mouvement -, il s’intéresse aux phénomènes oniriques, à la part d’inconnu qu’ils révèlent en nous et jusque dans notre rapport au monde, en (...)