Œuvres ouvertes

Kristina Rady, suicidée inconnue

Disparition d’une traductrice et d’une femme de théâtre importante

Soit une dépêche AFP du 11 janvier, retrouvée dans la plupart des médias les heures suivantes :

AFP | 11.01.2010 | 08:25

Mme Rady s’est donné la mort par pendaison, a précisé une source policière.

D’origine hongroise, Kristina Rady, âgée de 42 ans, avait rencontré M. Cantat en 1993 lors d’un festival à Budapest.

Elle avait eu deux enfants avec le musicien : un garçon né en 1997 et une fille, née en 2002.

Marié en 1997, le couple s’était séparé peu après la naissance de sa fille, le chanteur ayant fait la connaissance de l’actrice Marie Trintignant.

Mme Rady a toujours fait montre d’un soutien sans faille à l’égard de son ancien mari lorsque celui-ci a été condamné le 24 mars 2004 à 8 ans de prison par un tribunal de Lituanie pour avoir porté des coups mortels à sa nouvelle compagne, Marie Trintignant, au cours d’une violente dispute survenue en juillet 2003 à Vilnius.

Bertrand Cantat a été libéré de prison en octobre 2007, dans le cadre d’une mesure de liberté conditionnelle.

L’épouse, la mère, la femme trompée, la femme quittée. Pas plus. Une suicidée ordinaire, en somme, comme il en existe des centaines chaque année, écoutons ici Ingeborg Bachmann.

Alors reconnaissance à Véronique Mortaigne et Pascale Robert-Diard de faire le point, dans un article du Monde, sur une vie créatrice, alors que depuis le dernier prix Goncourt on aime rendre hommage aux "femmes puissantes". Et de lui donner, même dans la mort, surtout là peut-être, un visage :

Au début des années 1990, en Hongrie, elle participe aux mouvements culturels qui suivent la libération de l’emprise soviétique, en fondant successivement un journal culturel puis une radio libre, porte-parole des minorités ethniques et des femmes en Hongrie. Elle est aussi programmatrice du premier bar-concert et café-théâtre de Budapest, le Tilos az A. Pour le compte de l’Institut français de Budapest, elle y organise la Fête de la musique en 1993. Devenue directrice des affaires artistiques de l’Institut culturel hongrois de Paris en 1997 (jusqu’en 2000), elle a également été commissaire pour les musiques actuelles des saisons hongroise, polonaise et tchèque mises en place par l’Agence française d’action artistique (AFAA) et le ministère de la culture français. Depuis 2004, elle était chargée de recruter des groupes français et francophones pour l’imposant festival de Sziget.

Férue de théâtre, Kristina Rady avait réalisé en 2005, pour France Culture, un cycle de huit heures consacré au théâtre hongrois. Elle avait créé la même année, à la Comédie de Reims, le spectacle A coeur pur, sur un texte du poète hongrois Attila Jozsef, avec le comédien Denis Lavant et le guitariste de Noir Désir, Serge Teyssot-Gay (un livre-disque a paru aux Editions du Seuil en 2008). Kristina Rady avait, disait-elle, "un vieux compte à régler" avec Attila Jozsef, poète important, récupéré par le pouvoir communiste, puis par ses successeurs, qui était né en 1905 et s’était donné la mort à l’âge de 32 ans en se jetant sous un train. "Il me dérangeait lorsque j’étais petite, il me faisait mal lorsque j’étais ado... A Budapest, j’habitais la rue Attila-Jozsef", avait-elle raconté.

Traductrice, elle avait permis au théâtre de Ferenc Molnar (Lilio ou la Vie et la mort d’un vaurien) d’être joué en France, tout comme celui de son contemporain Istvan Tasnadi (Phèdre). C’est elle aussi qui avait établi la version hongroise de Persepolis, de la Franco-Iranienne Marjane Satrapi.

© Laurent Margantin _ 16 janvier 2010

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