Œuvres ouvertes

Lettre ouverte à Jean Birnbaum à propos du nouveau "Monde des livres", par Serge Velay

"déchaîner nos existences"

Il y a quelques semaines, vous donniez rendez-vous au lecteur dans le
nouveau « Monde des livres », alors « en train de s’inventer
collectivement ». Sous le double patronage de Barthes et de Deleuze –
pourquoi pas ? - vous esquissiez une ligne éditoriale dédiée à
« l’intensification de la vie ».

Le lecteur un tantinet frondeur avait déjà l’eau à la bouche, qui se disait :
le « Monde des livres » fait son Mai 68 ! Mieux vaut tard que jamais ! Et
pour conclure, vous citiez Pourparlers : « On écrit toujours pour donner la
vie, pour libérer la vie là où elle est emprisonnée, pour tracer des lignes de
fuite. » A la bonne heure ! On allait voir ce qu’on allait voir...

Le 19 août dernier, le lecteur a découvert le pot-aux-roses. Tout bien
considéré, il y a eu tromperie sur la marchandise. Votre profession de foi
estivale relève de la publicité mensongère et votre récent plaidoyer en
défense, de l’abus de confiance caractérisé.

« Escorter les textes au quotidien », écriviez-vous dans votre programme.
Pareille sottise aurait dû pourtant nous mettre la puce à l’oreille ! Vous
proclamiez aussi vouloir parier sur « la puissance émancipatrice » de la
littérature et de la pensée pour « déchaîner nos existences ». On aurait dû se
demander si un séditieux autoproclamé saurait se hisser à la hauteur
d’ambitions inconsidérées… Mais le lecteur pèche toujours par naïveté et
par excès de confiance.

Pour votre défense, vous excipez maintenant de votre souci de
décloisonner la littérature et d’en finir avec le carcan des genres. L’intention
est louable, elle est même fondée ; le problème c’est la manière dont vous
vous y prenez : sous prétexte de montrer le « corps vivant » de la littérature,
vous en appelez à son « corps mondain ». Les apparences, le spectacle
plutôt que la réalité. Cependant vous vous autorisez de Barthes et de
Deleuze pour embrigader un aréopage de peoples. Curieuse manière de lire et curieuse méthode. Mais il faut, dites-vous, « placer les textes au coeur des
expériences ordinaires ». C’est fait.

Vous étiez en quête de « lignes de fuite », vous voilà ramené au « point
d’insignifiance ». Vous projetiez de « casser des briques » et de « briser des
murs », ce n’était donc que façon de parler. Qu’on se le dise : le marigot
littéraire n’a rien à craindre d’un agent de la domination, de ses lancers de
pavés. Tout est bien ainsi, dans le meilleur des Mondes des livres. La
révolution, ce sera pour une prochaine fois. En parler, en écrire, cela suffit.
Pour vendre du papier.

Messages

  • J’ai aussi écrit au monde.fr, qui a accepté ma chronique. Par opposition au titre de Mr Birnbaum "A même la vie" je l’ai intitulée, "À même la mort...de la poésie""

    Amitiés à Serge Velay avec qui nous nous sommes rencontrés naguère, à Nîmes, autour de Kenneth White.

    jj dorio

    Sur chaque ardoise

    Qui glissait du toit

    On avait écrit un poème

    La gouttière est bordée de diamants

    Les oiseaux les boivent

    Pierre Reverdy (Les ardoises du toit) 1918

    « Il n’y a pas d’un côté les livres et de l’autre la vie » proclame, dans sa « prière d’insérer », qu’il a intitulée « À même la vie », le nouveau responsable, du nouveau Monde des Livres.

    Jean Birnbaum, puisqu’il faut l’appeler par son nom, passe alors en revue, « allègrement », les occasions du lecteur d’aujourd’hui, qui peut passer sa vie avec « un roman, une BD, essai, polar. »

    — Tiens, il en manque une, me dis-je. C’est vrai que « réfractaire au marché, elle ne vaut pas un sou ; et pourtant contre vents et marées, elle se lit, circule, court sur les lèvres — ET LES LIVRES ! — comme l’air, comme l’eau... »

    Les lecteurs, qui ont besoin, tout simplement pour vivre un peu mieux, de leur poème quotidien, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, auront reconnu dans les paroles ci-dessus, la voix — L’AUTRE VOIX — du grand poète, essayiste Octavio Paz.

    L’auteur de « Liberté sur parole » rêvait d’une société, où les journaux, donnant toute sa place à l’imagination créatrice, publieraient chaque jour, et sans commentaires... un poème.

    — Ah ! mais pour le Monde des Livres, qui prétend faire peau neuve, la poésie... A’xiste pas !

    Certains de mes ami(e) s, poètes, éditeurs, qui ont lu par courriel cette chronique, me disent l’approuver, mais que je perds mon temps ; le M.D. L ne fait suivre que la vague grise de tous les journaux et les magazines, qui n’ont plus personne pour lire et apprécier les nouveaux livres de poèmes.

    Mais c’est Phénix, la poésie, loin des papiers en carton-pâte.

    Et c’est la vie de la cité réduite à ses tristes réalités, le crédo mortel de l’actuelle société où l’individu doit être rentable ou périr, ou bien son vieil antidote, toujours vivace et en recréation permanente.

    « La fonction principale de la poésie, c’est de nous transformer.

    Elle est l’œuvre humaine qui nous transforme le plus vite : un poème y suffit »

    C’est du Gaston Bachelard.

    Qu’attendez-vous Jean Birbaum, pour écouter ces grandes voix, toujours en avance d’un siècle ou deux, et quelques autres d’aujourd’hui, auxquelles vous devriez prêter l’oreille... l’espace d’un poème.

    Jean Jacques Dorio

    Voir en ligne : À MÊME LA MORT... DE LA POÉSIE

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