Œuvres ouvertes

Un bilan de l’expérience m@nuscrits chez Léo Scheer

Rares sont les auteurs ayant publié un premier livre chez un éditeur qui font un bilan objectif de cette expérience, de crainte sans doute de n’avoir plus aucune chance d’être édité. Pour moi qui ai participé au projet m@nuscrits des éditions Léo Scheer en donnant L’enfant neutre en téléchargement gratuit, le bilan que dresse aujourd’hui de son expérience d’édition un auteur "rétropublié" (c’est-à-dire sélectionné par l’éditeur dans les m@nuscrits pour être publié sur papier) est intéressant.
Car je me disais (...)

Rares sont les auteurs ayant publié un premier livre chez un éditeur qui font un bilan objectif de cette expérience, de crainte sans doute de n’avoir plus aucune chance d’être édité. Pour moi qui ai participé au projet m@nuscrits des éditions Léo Scheer en donnant L’enfant neutre en téléchargement gratuit, le bilan que dresse aujourd’hui de son expérience d’édition un auteur "rétropublié" (c’est-à-dire sélectionné par l’éditeur dans les m@nuscrits pour être publié sur papier) est intéressant.

Car je me disais dernièrement que si L’enfant neutre avait été édité aux ELS, sans doute n’aurait-il trouvé qu’une cinquantaine de lecteurs, étant données les conditions actuelles de publication, déplorables pour tous les auteurs qui ne sont pas à la recherche du Saint Graal de la littérature actuelle : le bestseller. J’avais donc préféré me retirer sur la pointe des pieds de cette expérimentation des ELS, constatant que là aussi le marketing faisait des ravages.

Et c’est bien ce qui vient d’arriver à Nicolaï Lo Russo, avec son livre Hyrok, qui se plaint que celui-ci, après trois mois en librairie, n’ait été vendu qu’à 100 exemplaires. Mais plus que cela, ce qui est affligeant, c’est de voir des textes de qualité et leurs auteurs chercher une place au soleil dans un univers où ils n’ont nullement leur place, et où ils devraient avant tout se demander s’ils en ont une, quand d’autres espaces de publication regroupent actuellement des auteurs et des textes de façon bien plus stimulante pour l’évolution de la littérature contemporaine, - car c’est aussi cela la tâche d’un éditeur, non, encourager la création artistique ?

Voici ce qu’écrit Nicolaï ici, dans les commentaires d’un billet par ailleurs totalement inepte :

Moi ce que j’aurais souhaité, ce sont juste des conditions NORMALES de publication. Normales, oui. Une bonne date de sortie (et non pas la pire). Des envois aux journalistes au bon moment (et non pas une semaine (oui, une semaine !) avant la sortie du livre). Que mon "cher éditeur" s’occupe de mon roman, quoi. En ce sens pouvoir conduire — pour reprendre l’analogie — une voiture normale (ici une F1) afin d’avoir une chance légitime, disons, d’être dans la course. Là c’est loin, très loin d’être le cas. Je cours même pas en Ford Fiesta. Je cours en Fiat 500 avec un pneu crevé et en plus y a pas d’essence. Ils ont oublié d’en mettre, les cons. A côté des bolides qui passent à trois cents. J’exagère ? Oh que non. (Et là, je vais répondre à ludivine.frank, du coup.) La mise en place de mon roman, en octobre, a été de 675 exemplaires. Sur 4000 points de ventes en France, ça fait en moyenne une librairie sur 6, environ. Une sur 10 en province, probablement. Autant dire que pour les "piles" et le "facing" on repassera. Il s’agit (sauf dans quelques FNAC) d’exemplaires uniques coincés dans les rayons, comme le souligne Marie. Donc invisibles si on ne vient pas les chercher fermement après en avoir entendu parler. Hein ? entendu parler ? Voyons voir ça. Il paraît que Léo Scheer a une attachée de presse. Et oui, c’est vrai : elle est même tout à fait sympathique cette dame. Un brin oublieuse mais sympathique. Le problème c’est qu’elle semble développer une sorte d’allergie à la collection M@nuscrits (sorte de "sous-collection expérimentale un peu cheap", aux dires de certains libraires dubitatifs, "du net" — où elle ne met guère les pieds ; dommage, elle pourrait venir discuter). Bref, ça donne quoi ça ? ce joli tableau ? AUCUN article dans la presse. Rien. Pas la moindre notule de sous-rubrique. (Normal !) Pas de presse donc, nada, et donc pas de radio, encore moins de télé, pas de salon, pas de "signatures" en librairie, pas de participation à un "prix du premier roman" quelconque, rien de rien. Le désert et la soif. Communication/promo : zéro. (J’ai obtenu moi, grâce à un contact et demi, deux petits articles dans des magazines mineurs — quoique de qualité, mais hors du cercle "livres" disons.) Le mec qu’est publié, ok, merciiii !, mais où il ne se passe rien après la publication, strictement rien, parce qu’il NE PEUT RIEN se passer. Le mec qu’est là sur la grille de départ avec sa Fiat 500 qu’avance pas. Alors qu’il aurait voulu juste faire quelques tours et puis c’est tout. C’est pas un peu dommage ça ? Un livre pareil (c’est pas moi qui le dit : HYROK est vraiment un livre qui aurait mérité mieux, des liens sur mon blog l’attestent largement ; quelques personnes qui l’ont lu, enthousiastes). La vérité ? La vraie vérité qui tache ? J’ai pas vendu cent exemplaires, trois mois après la sortie — avec mépris poli des ELS en prime (je suis le type qui se plaint, qui ne baisse pas l’échine, qui gêne, qu’on redoute d’appeler, qu’aurait jamais dû être là...). (Eh oui Marie, c’est comme ça : pas cent unités, pour HYROK. Le pétard est bon mais la poche M@nuscrits est mouillée. Ça s’allume pas. Et c’est parfaitement normal dans ces conditions. Parfaitement normal.)

On me dit allez, qu’avec le "bouche-à oreilles", le petit stock s’écoulera en deux ou trois années... Avec un peu de chance... J’attends de voir. En tout cas on est sacrément loin de Grassouillet mon petit Erwan, pas vrai ?
Le premier qui dit que j’exagère, que je suis geignard, cette fois je lui brise un tibia.

© Laurent Margantin _ 22 janvier 2010

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