Œuvres ouvertes

La Main de sable : abri

Il pleuvait sans interruption depuis plusieurs jours, on aurait cru des semaines. Dans l’ancien presbytère colonisé par la petite troupe cosmopolite, la vie avait ralenti. Chacun se sentait coincé entre ces murs humides et ces plafonds bas. Avec la pluie, curieusement, avait cessé toute vie communautaire. La cuisine était traversée par des animaux pressés de retourner dans leur coquille. On n’entendait que la pluie battre les tuiles et le sol inondé, bien que l’eau partît vite s’enfoncer dans la (...)

Il pleuvait sans interruption depuis plusieurs jours, on aurait cru des semaines. Dans l’ancien presbytère colonisé par la petite troupe cosmopolite, la vie avait ralenti. Chacun se sentait coincé entre ces murs humides et ces plafonds bas. Avec la pluie, curieusement, avait cessé toute vie communautaire. La cuisine était traversée par des animaux pressés de retourner dans leur coquille. On n’entendait que la pluie battre les tuiles et le sol inondé, bien que l’eau partît vite s’enfoncer dans la terre et disparût dans le calcaire du plateau.

De l’autre côté de l’étroite allée qui menait à l’entrée du presbytère, il y avait le cimetière, et, au-delà, une chapelle abandonnée. On entendait parfois les brebis beugler dans la bergerie du hameau, sinon c’était la pluie et des portes qui s’ouvraient et se fermaient, sans qu’on puisse savoir exactement où. Toute la terre - la pierre des tombes et les vitres, la tôle des voitures et les feuilles des arbres – était un grand tambour à la peau parfaitement tendue battu nuit et jour. Bientôt le rythme s’empara de nos cervelles, qu’elles fussent éveillées ou endormies, et il nous sembla que la pluie claquait sur nos propres os de vivants comme sur ceux des morts à quelques pas de nos lits.

© Laurent Margantin _ 1er décembre 2009

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