Oeuvres Ouvertes

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Il fera bientôt jour (Herta Müller, L’homme est un grand faisan sur terre) / Pierre Ménard

Lecture en cinquante morceaux de "L’homme est un grand faisan sur terre" de Herta Müller, Prix Nobel de littérature 2009.

Photographie d’Amélie Losier, http://www.amelielosier.com

1.

Des roses poussent autour du monument aux morts. Un buisson de roses. Si folles qu’elles étouffent l’herbe. Les fleurs sont blanches, rabougries, serrées comme des fleurs en papier. Elles froufroutent. C’est l’aube. Il fera bientôt jour.

Les jours que l’on compte, manière d’exorciser nos peurs. Le temps s’arrête pour ceux qui veulent rester.

2.

Le chien tourne la tête. « Les yeux mentent, dit le veilleur, les mollets ne mentent pas. » Il écarte les pieds. « Regarde ta fille. Si elle écarte les pieds en marchant, alors c’est fait. »

Un jour, ils partiront… Mais il n’en revient pas.

3.

À la fontaine, la roue tourne parce que la lune est ronde et qu’elle boit. Parce que le vent est accroché dans les rayons de la roue.

Quitter son pays natal. On en reste là tête vide face au vent et ce bruit de rien sous les mots crevés comme des pneus. Dans le village désolé. Il fera bientôt jour. Peut-être n’a-t-il pas tort ? Peut-être est-ce bien la seule solution ? Au lieu de faire face, fuir cette farce tragique. Ce qu’il entrevoit dès le début. Tout est triste, rien ne change jamais et tout le monde est prêt à tout pour survivre. Livrer des sacs de farine et payer le passeport promis, mais celui-ci se fait toujours attendre. « Il aura toute la farine qu’il veut, mais il n’aura pas ma fille. » Sa fille Amélie a pourtant le même but que lui, mais elle use de moyens différents. Elle se donne au milicien et au pasteur.

4.

C’est un été qui crache le feu des années passées. Seule la pastèque me rafraîchit.

Une vie routinière, sans avenir ni perspective, toujours dans l’attente. La misère est réelle, toute personne ayant le moindre pouvoir en profite pour exploiter les autres. Attendre. La vie qui se défait sous ce même désir.

5.

Cette nuit-là, le sommeil l’avait emportée si loin qu’aucun rêve ne pouvait la trouver.

Les images du village vues à travers les yeux de Windisch, le meunier. « Il fait nuit entre les roues du moulin. L’obscurité a englouti la poussière de farine, les mouches et les sacs. » Il observe l’intimité des maisons éclairées de ses voisins. « Malgré les meubles, la pièce semble vide, tant elle est éclairée. » A mesure qu’on progresse dans le récit, on en approche le centre : le meunier, sa femme et sa fille Amélie.

6.

La chouette vole au-dessus des jardins. Son cri est aigu, son vol bas. Tout chargé de nuit. « Un chat, se dit Windisch, un chat volant. »

Le domaine incontesté des superstitions.

7.

Là-bas je ne pouvais pas dormir. Je n’ai pas fermé l’œil. La nuit je sentais les montagnes dans ma tête.

Ce qui s’appelle faire le vide.

8.

Tressaillement du rasoir. Brûlure de la lame.

La phrase titre est reprise deux fois dans le livre. Une fois au début : « Le veilleur dit à voix basse, tout en mastiquant : « L’homme est un grand faisan sur terre. » Windisch soulève le sac et le pose sur son vélo. « L’homme est fort, dit-il, plus fort que les bêtes. » Une fois dans le dernier tiers : « Avec ses seuls yeux et sa pierre dans la poitrine, Windisch dit à haute voix : « L’homme est un grand faisan sur terre. »

9.

Dans l’eau de pluie il y a aussi du vent. Qui pousse des cloches de verre au travers des arbres. Elles sont opaques, des feuilles tourbillonnent à l’intérieur. La pluie chante. Elle a aussi du sable dans la voix et des morceaux d’écorce.

« Ce que Windisch entend, ce n’est pas sa voix. Il sent que sa bouche est nue. Ce sont les murs qui ont parlé. »

10.

" Il n’a jamais été un héros, poursuit-il dans un soupir, un bourreau, c’est tout ce qu’il était. À la guerre on ne se bat pas contre des chouettes et des crapauds. "

Windisch et les siens s’accommodent des tracasseries administratives et des chicanes de la police secrète, tout en subissant les humiliations de leurs voisins.

11.

Windisch entend le bruit d’une feuille sur le carrelage du couloir. Elle racle les pierres. Le mur est long et blanc. Windisch ferme les yeux. Il sent le mur monter jusqu’à son visage. La chaux brûle son front. Une pierre prise dans la chaux ouvre la gueule. Le pommier tremble. Ses feuilles sont des oreilles. Elles épient. Le pommier nourrit ses pommes vertes.

« Le temps n’a plus d’aiguilles »

12.

Avant la guerre il y avait un pommier derrière l’église. C’était un pommier qui dévorait ses propres pommes.

« Seulement là où il y avait des champs à perte de vue, il y a maintenant le macadam avec ses stations de métro. »

13.

Le matin il y avait de la gelée blanche. Le buis était saupoudré de blanc. La souche était noire.

Windisch fait exactement ce qu’on lui a dit de ne pas faire s’il voulait obtenir le passeport tant attendu, si bien que l’on peut se demander si contrairement à ce qu’il prétend il n’a pas souhaité le sacrifice de sa fille. Amélie couche avec le policier et avec le curé pour obtenir le passeport, comme sa mère elle-même, pendant la guerre, s’était prostituée pour fuir la Russie.

14.

Windisch sent la poussée sur les pierres. Devant lui, il y a une table vide. Sur la table, la frayeur. La frayeur est dans la poitrine de Windisch. Il la sent comme une pierre dans la poche de son vêtement.

Windisch est désabusé. Sa femme ne veut plus qu’il le touche et semble même le supporter de plus en plus difficilement, leur fille Amélie est distante...

15.

« Tu portes une couronne d’épines. Tu es maudite. Je t’aime. Il faut que tu souffres. »

Une multitude de tous petits morceaux de papier qui sont posés partout, sur les meubles, sur les appuis de fenêtres, au revers de certains meubles, sur les tables, des milliers et des milliers de mots, de tailles un peu variables, de la taille d’une épingle à nourrice ou un peu plus gros. Ces mots sont découpés dans des journaux roumains.

16.

Fentes grises dans les volets. Amélie a de la fièvre. Windisch n’a pas sommeil. Il pense aux morsures sur les seins d’Amélie.

Herta Müller parle parfaitement le Roumain, bien qu’elle soit de langue maternelle allemande, elle n’a appris le Roumain qu’à quinze ans, en tant que langue étrangère. Elle n’est pas capable d’écrire en Roumain, souhaitant régler un compte avec cette langue, elle a décidé d’écrire des poèmes à partir des mots des autres.

17.

« La pire de nos Souabes vaut encore mieux que la meilleure de leurs Allemandes », conclut le mégissier.

« Je suis quelqu’un qui passe son temps a tout découper. »

18.

La chouette ne hulule plus. Elle s’est posée sur un toit. « La vieille Kroner est certainement morte », se dit Windisch.

L’identité de cette petite communauté allemande en Roumanie est menacée.

19.

Rudi a offert à cet homme des services secrets tous les objets en verre qui étaient dans son appartement. Des vases à fleurs. Des peignes. Une chaise à bascule en verre bleu. Des tasses et leurs soucoupes en verre. Des tableaux en verre. Une lampe de chevet en verre avec un abat-jour rouge.

La solitude aiguë de l’être humain.

20.

« Autrefois les vases suffisaient, dit Windisch, aujourd’hui les gens ont besoin de potiches. »

Les paysages de l’abandon. Concentration de la poésie, objectivé de la prose.

21.

Katharina s’assit dans l’herbe derrière la chapelle. Windisch se pencha vers elle. Elle le saisit par les cheveux, le sourire aux lèvres. Il lui retroussa sa jupe. Elle enfonça ses doigts dans l’herbe. Elle haletait. Windisch regardait par-delà les cheveux de Katharina. les pierres tombales brillaient. Elle tremblait.

Écriture d’une extraordinaire force poétique, langage d’une précision sèche, phrases brèves et sonores, souvent cinglantes, toujours très imagées, saisissant la morne vie d’un village, fixée, en suspens, ces gens dans l’attente d’un ailleurs, d’un oubli, ou simplement de trouver le sommeil. Un instant donné, une manière de montrer les choses plutôt que de les raconter.

22.

Dans le village, les coqs chantent. Ils ont encore la nuit dans le gosier.

Taches de couleurs et grands aplats. Bruits et voix.

23

Le son du glas passe au travers des murs. La lampe sonne. Le plafond aussi.

Des titres énigmatiques.

24

C’est pour cela que nos lettres n’arrivent pas, dit le veilleur. La postière prend notre courrier. Et l’argent pour les timbres. Avec l’argent des timbres, elle achète de l’eau-de-vie. Et les lettres, elle les lit, puis elle les jette à la corbeille.

En Allemagne, le faisan évoque l’orgueil et la présomption. En Roumanie, c’est un oiseau en fuite qui ne sait pas voler et qui se cache dans les broussailles, un perdant... Reflet et conflit d’une double culture.

25

La mouche vole sous le plafond. Elle bourdonne une longue chanson pour la veillée mortuaire. Une chanson d’eau de pluie. De terre. Comme une tombe.

Tracer les contours d’un espace minimal.

26

« Taisez-vous, Sa Majesté le roi dort. »

Petites scènes ramassées sur un détail, une anecdote parfois grossie à l’extrême jusqu’à en dénaturer l’aspect, la forme, le déroulement. Chacune avec son titre, l’air d’avoir été posées là par hasard. Dans un désordre apparent. Il y a encore des failles dans l’enchaînement logique des preuves. Toute l’histoire de cet écheveau complexe, impossible de démêler toute l’histoire de ces divisions. Percevoir dans l’obscurité du présent cette lumière qui cherche à nous rejoindre et ne le peut pas. On se perd un peu. Mais on avance, on avance.

27

Anca pose la tête sur la table. « Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? » demande-t-elle en roumain. L’allemand lui échappe et la fatigue.

Ça met dans un drôle d’état. J’y entre pour en sortir presque aussitôt. Je me laisse gagner par la déambulation. La perspective s’élargit. Les corps se détachent comme des papiers découpés accrochés aux jours. Ce souffle, ce murmure comme une voix.

28

« Ce salaud, à côté, me souffle la cendre dans le verre », dit-il. Il regarde le Roumain debout derrière lui. Le Roumain, une cigarette tout imbibée de salive au coin de la bouche, rit. « Vous plus parler allemand. » Puis il ajoute en roumain : « ici on est en Roumanie. »

La dernière génération d’écrivains roumains de langue allemande est née dans une situation d’isolement absolu, due à la fois au contexte linguistique exceptionnel et au vide politique et historique.

29

Dietmar presse Amélie contre une poubelle. Le couvercle grince. Amélie sent le sexe de Dietmar lui marteler le ventre. Elle le tient par les épaules. Dans l’arrière-cour, un enfant parle.

« Mon allemand de minorité est maintenant relié, écrivait Herta Müller en 1988 peu de temps après son installation à Berlin-Ouest. Désormais le lien te semble corde. Je suis débarrassée de toi, tu es ma sauvegarde. Coup pour coup. Ma conscience d’être ailleurs. »

30

« La chouette est paralysée, dit le veilleur. Une journée de deuil et une pluie torrentielle, c’est trop pour elle. Si cette nuit elle ne voit pas la lune, elle ne volera plus jamais. Si elle crève, l’eau sentira mauvais. »

« La langue de l’écriture, le haut-allemand, coexistait avec le dialecte, le Souabe du Banat, et la langue véhiculaire, le roumain. A cela s’ajoutait la langue de bois du régime qui avait détourné le langage à son profit. D’où notre vigilance pour éviter les mots ou les concepts violés ou souillés par le politique. Ils renvoyaient à une réalité qui n’était pas la nôtre. »

31

Dans l’atmosphère chaude et obscure de la chambre, Windisch rêve que le ciel s’ouvre. Les nuages se dissipent au-dessus du village. Un coq blanc vole dans le ciel dégagé. Il se fracasse la tête contre un peuplier mort dans la prairie. Il n’y voit plus. Il est aveugle. Windisch està la lisière d’un champ de tournesols. Il crie : « L’oiseau est aveugle ! » L’écho lui renvoie la voix de sa femme. Windisch entre dans le champ de tournesols et crie : « Je ne te cherche pas, je sais que tu n’es pas là. »

Récit court, très poignant, dur très dur, sur fond de misère. Dans l’ombre puis dans la clarté, refus et fureurs, douleurs et regards.

32.

Les fenêtres de la maison sont fermées. Les rideaux blancs rendent la maison aveugle.

Mais tout ce qui se passe, passe du même coup, c’est-à-dire ne fait que passer. Apparaître disparaître, partir revenir. Ce qui advient passe mais reste la poussière qui passe à travers les filets de l’ennemi.

33.

« L’important c’est notre passeport, ce n’est pas la honte. »

On écoute les bruits de fond. Sans les reconnaître. Dans le voisinage du rouge. À surveiller de près, à punir parfois. L’imprudence n’est pas une ligne droite. On pourrait disparaître. Mais rien n’arrive. Problème, le tout ne se suit pas forcément et on a de prime abord beaucoup de mal à suivre la logique et voir la suite de l’histoire…

34.

Windisch passe le brin d’herbe entre ses dents. Il est froid. Sa gencive aussi est froide. La bouche de Windisch avale le ciel entier. Le vent et le ciel de la nuit. Le brin d’herbe se casse entre ses dents.

La lecture est une traversée – une épreuve. La langue est travaillée, ciselée pour mieux se distancer d’un univers sans issue. Esthétique de la résistance.

35.

Elle souffle sur le papillon pour le faire partir, lui et sa farine. Il se pose, il zigzague sur le miroir au-dessus du ventre d’Amélie.

Nos accrocs disent mieux le temps qui nous a fait ce que nous sommes. Dans sa continuité inachevée ou son inachèvement continu, son seul sens. Cela ne se voit pas au premier coup d’œil. Révéler, fixer le silence. En repassant par des paysages déjà parcourus. De la lumière manque, temps gris.

36.

Windisch ferme les yeux. Il sent la courbe de ses yeux entre ses mains. Ses yeux qui n’ont pas de visage.

Avec ses yeux seuls et sa pierre dans la poitrine, Windisch dit à haute voix : « L’homme est un grand faisan sur terre. »

Ce que Windisch entend, ce n’est pas sa voix. Il sent que sa bouche est nue. Ce sont les murs qui ont parlé.

« La langue imposée devient une ennemie aussi redoutable que la perte de la dignité elle-même »

37.

Les femmes en noir reviennent de l’église. Le soleil brille. Il les soulève au-dessus du trottoir avec leurs petits souliers noirs. Elles ont les mains blettes d’avoir égrené leur chapelet. Leur regard est encore transfiguré par la prière.

« Quand rien ne va plus, les mots s’effondrent eux-aussi. »

38.

Dans l’assiette de soupe, Windisch voit une grande court. Un soir d’été.

Herta Müller est née le 17 août 1953 dans le village germanophone de Nitzkydorf, en Roumanie.

39.

Le mégissier dansait sur le sable. Il passa en dansant. Rit. Enleva l’araignée de l’oreille de Barbara. La jeta dans le sable. L’écrasa de son soulier. Au rythme de la danse.

Nitzkydorf est un village situé à l’ouest de la Roumanie. Une communauté allemande d’origine Souabe est installée dans la plaine du Banat depuis plus de deux siècles.

40.

« Il s’est envoyé toute une bouteille de schnaps ", dit-elle. Elle suçote la peau jaune. « De désespoir. »

Opposée à la dictature de Nicolae Ceaucescu, Herta Müller émigre en Allemagne de l’Ouest en 1987 avec son mari, l’écrivain Richard Wagner.

41.

La mine était froide. La pelle froide. Le charbon lourd.

Herta Müller, avec d’autres écrivains de langue allemande en Roumanie, a été longtemps interdite de publication. C’est grâce à la pression de l’Union des Ecrivains en RFA et du Pen-Club qu’elle a pu quitter son pays au début de 1987.

42.

Dans l’eau, un homme nage en suivant ses mains. Il va très loin vers le large. Il est seul et on ne voit plus le ciel. Sa tête dérive. Les vagues ont une couleur sombre. La mouette est blanche.

Herta Müller compte parmi les auteurs les plus marquants d’une génération qui a produit ce qu’on appelle la « cinquième littérature allemande » (avec celle de la RFA, de la RDA, de la Suisse et de l’Autriche).

43.

La jeune chouette allume ses yeux à un buisson d’églantine pourpre. Les ailes au-dessus des fils de fer barbelés, elle souhaite une mort.

Surveillés par la Securitate, soumis à des pressions et des chantages, interdits de publication, le Groupe-Action du Banat, créé par quelques jeunes écrivains de langue allemande à Timisoara, fut finalement dissout. Proche de ce groupe, auquel appartenaient Werner Söllner, Richard Wagner, Ernst Wichner, ainsi que quelques écrivains de Transylvanie comme Franz Hodjak, Herta Müller n’avait pas encore publié à l’époque.

44.

Du fond de son rêve, le veilleur parle. Il bouge les jambes. Le chien aboie. Le veilleur se réveille. Effrayé, il enlève le chapeau de sa tête. Son front est mouillé. « Elle va me tuer », dit-il. Sa voix est profonde. Elle replonge dans le rêve.

« Il faut aller si loin dans la narration que les faits se brisent, car ils ne peuvent être décrits que dans leurs éléments les plus petits, dans les détails. Un traumatisme doit être décomposé dans les unités qui l’ont provoqué. »

45.

La cloche sonne à s’en blesser la langue. Une salve d’honneur s’élève au-dessus des tombes. Les lourdes mottes de terre s’écrasent sur le métal du cercueil.

Herta Müller exhume de son passé les blessures encore douloureuses que son pays natal lui a infligées et brosse une fresque du quotidien sous la dictature, tel qu’elle l’a vécu.

46.

Le tailleur a un large crêpe à son revers. Il roule le tapis. La femme de Windisch regarde ses mains. « On n’échappe pas à son destin », soupire-t-elle.

« Dans le village où j’ai grandi il n’y avait pas de Roumains, à l’exception de quelques fonctionnaires. Tous les autres étaient allemands. Je n’ai appris le roumain qu’en allant à l’école, comme on apprend une langue étrangère. »

47.

En balayant, la femme de Windisch dessine de larges vagues rondes sur le sable.

Fragments éclatés, les collages de son paysage intérieur brisé par la folie totalitaire. Une dimension tragique qui dépasse l’expérience personnelle, le contexte historique et géographique.

48.

« Pour le moment, c’est comme à la guerre, dit-il. On s’en va et on ne sait ni quand ni comment on reviendra, on ne sait surtout pas si on reviendra. »

Vivre en composant avec la peur d’une présence menaçante qui surgit, interroge, violente. Du jour au lendemain certains disparaissent, la prison, le suicide. Une atmosphère de cauchemar en ville, en campagne, décrite par lambeaux.

49.

Pendant le voyage Windisch sent son front se remplir de sable. Sa tête est lourde. Ses yeux sombrent dans le sommeil. Ses mains tremblent. Ses jambes sont sur le qui-vive.

Un récit traversé par l’attente et l’angoisse qui précèdent la rupture avec la terre natale : retour sur le passé, peur de l’inconnu, sentiment de l’irrémédiable, du définitif, de l’irréversible.

50.

Un papillon passe devant le front du tailleur. Ses joues sont pâles. On dirait qu’il y a un rideau sous ses yeux.

Des morceaux de puzzle qui s’emboîtent peu à peu pour composer un tableau saisissant.

Lire également sur le site de Pierre Ménard, Liminaire, Des poèmes à partir des mots des autres.

Première mise en ligne le 27 janvier 2010

© Pierre Ménard _ 4 décembre 2010

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