Œuvres ouvertes

Maïdo, contre-jour

un voyage vers l’intérieur de l’île

Partant de Saint Denis au nord de l’île, il faut une heure et demie de route pour arriver au Maïdo. Une demi-heure pour aller jusqu’à Saint Paul dans l’ouest, où l’on prend une petite route montant dans les Hauts. Au fil des virages, la végétation change : parti d’une zone très sèche où poussent surtout des palmiers, on traverse une forêt de montagne qui se caractérise par un mélange de plantes tropicales, de tamarins des Hauts et de conifères, notamment des cryptomérias. Au sommet, plus que des buissons vert sombre au milieu de roches noires.

La Réunion est une île volcanique. Au sud-est le Piton de la Fournaise, toujours en activité (ici chaque éruption est célébrée). Mais plus au nord du Piton, il y a trois cirques, creusés par l’érosion. L’un d’entre eux, Mafate, est la destination favorite des touristes (pas trop nombreux à vrai dire, en comparaison avec d’autres îles de l’Océan indien) : pas de route pour y accéder, il faut soit y descendre à pied, soit en hélicoptère. Plusieurs passent au-dessus de nous, ce matin, emmenant des visiteurs et sans doute des habitants du cirque.

Le Maïdo est un point de vue exceptionnel sur Mafate. Une fois garée la voiture sur le parking, il faut marcher une centaine de mètres. Là un panneau pour avertir le marcheur de l’existence de failles profondes. De l’autre côté des barrières, le précipice s’ouvre devant nous. C’est dans cette zone, sur le rempart, que s’est produit l’immense incendie de l’automne dernier.

Tant de jours devant l’océan à perte de vue devant soi, mais avec toujours ce sentiment que, derrière soi, l’intérieur de l’île reste en fin de compte inaccessible. On s’y rend de temps en temps (c’est à chaque fois un vrai voyage, par ces routes étroites et sinueuses au pied de falaises dont se détachent régulièrement des morceaux), mais si l’on veut voir quelque chose du cirque, alors il faut se lever à cinq heures et y arriver avant huit heures : après, les nuages se forment et recouvrent tout.

A cette heure, c’est un immense contre-jour, qui ne permet pas de prendre des images restituant totalement le caractère sublime du lieu. Les habitations tout en bas, minuscules, semblent appartenir à un autre monde. La vie dans le cirque, on arrive difficilement à se la représenter : on y naît, on y va à l’école, on y travaille, on y meurt. Cela reste étranger et lointain pour ceux qui n’y vivent pas. L’intérieur de l’île reste inaccessible, et la lumière du levant nous aveugle.

© Laurent Margantin _ 7 janvier 2012

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