Œuvres ouvertes

C’était un rassemblement politique

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C’était un rassemblement politique. Ce qui est curieux, c’est que la plupart des rassemblements ont lieu sur la place aux étables, au bord du fleuve dont le grondement laisse à peine entendre une voix. Bien que je fusse assis sur le parapet du quai, à côté des orateurs – ils parlaient depuis un socle en pierre de taille carré et nu –, je ne comprenais pas grand-chose. Certes, je savais déjà avant de venir de quoi il s’agissait, et chacun le savait. Nous étions d’ailleurs tous unis, je n’ai jamais vu une unité plus complète, moi aussi j’étais de leur avis, les choses étaient suffisamment claires, combien de fois en avions-nous parlé, et c’était toujours aussi clair comme au premier jour, toutes les deux l’unité et la clarté vous serraient le cœur, l’esprit restait bloqué par tant d’unité et de clarté, et parfois on aurait voulu n’entendre que le fleuve et rien d’autre.

Première mise en ligne le 12 janvier 2012

© Franz Kafka _ 30 mars 2014