Œuvres ouvertes

Focalisation

Du 2 au 8 avril, quatorzième chapitre de 2006

Lundi 3 avril 2006
Nicolas Sarkozy est le nouveau négociateur de la sortie de crise du CPE.
Le Président a dit que les parlementaires devaient préparer un nouveau projet de loi. Les parlementaires du parti majoritaire à l’Assemblée sont priés de sauver leur camp. On dit que les syndicats vont les voir. Il n’y a plus de ministre du Travail ni même de Premier ministre, de fait celui-ci, de Villepin, est démis du dossier, en attendant d’être démis tout à fait.
Le président du parti majoritaire est M. Sarkozy, ministre de l’Intérieur, il a une tête de Premier ministre.
On remplace un joueur par un autre.
Villepin n’a pas su faire, l’autre surgit et dit : moi, je sais ! Faites-moi confiance ! C’est moi qui vais vous le dézinguer, le système social français !
C’est comme ça qu’ils préparent la manifestation de demain.
Luc Chatel, porte-parole de l’UMP : « Le dialogue sera ouvert sans tabous et sans préjugés. » Pourquoi pas l’abrogation du CPE ? Cela suffit à faire oublier la sauvagerie de leurs projets à ceux qui veulent n’entendre que douceurs, compréhension, humanité. On oublie que le CPE était un gage donné par de Villepin aux donneurs d’ordres, les patrons. Qu’il voulait faire preuve de « rupture », le mot de Sarkozy, qu’il y avait surenchère entre eux deux pour remporter les suffrages des puissants qui donnent l’autorisation de briguer les suffrages du peuple avec tous les moyens que la puissance des puissants leur donne.
Il y avait surenchère, il y a donc bien enchère. Notre société aux enchères.
L’attention aux formes et aux épisodes à leur plus petite échelle de temps, cette focalisation sur l’instant et l’écume et en même temps oublier la vue générale, le grand champ de manœuvres.

D’après Le Parisien, le président de la FIDL (Fédération indépendante démocratique lycéenne), M. Tristan Rouquier, 17 ans, élève en 1re à Vitrolles (Bouches-du-Rhône), est revenu à Paris. Il parle en général d’armée. « Dès aujourd’hui, nous allons organiser dans les grandes villes des blocus de lycées, d’axes routiers, de gares et d’aéroports. Des groupes rapides et mobiles mèneront des actions symboliques sur des points stratégiques. On va bloquer tout ce qui est possible. On va mettre les bouchées doubles y compris demain avec, là aussi, des blocus au moment des manifs, le matin et l’après-midi. Le soir, on appellera les étudiants à ne pas rentrer, à organiser des AG, des blocages, des occupations, des sit-in. À Marseille, on a prévu un pique-nique géant. »


Mardi 4 avril 2006
Le soir, on fait les comptes. On dit à peu près autant de personnes dans les rues que le 28 mars dernier.
Les cortèges sont vraiment impressionnants de densité et de cri.
On dit qu’il y aurait eu moins de casseurs, comme si cela faisait partie de la manifestation alors qu’il ne s’agit rien moins que de l’impuissance du ministre de l’Intérieur.

Un peu moins de grévistes dans le secteur public, davantage dans le secteur privé. Voilà qui se traduira en consignes de modération – non, pas de consignes mais un langage codé, j’imagine, au téléphone, « oui, nous sommes prêts à accepter un certain recul... Il faut bien sûr prendre en considération l’ensemble des réformes en cours... et préparer l’avenir ».
Les syndicats seront reçus par les présidents des groupes UMP de l’Assemblée nationale et du Sénat dès demain.
Bernard Accoyer, le président du groupe des députés de droite, a décrit la stratégie de focalisation dans les termes les plus simples qu’une telle personne puisse employer : « L’ouverture d’esprit, d’écoute dans laquelle nous nous trouvons sera, bien entendu, ciblée sur ce qui est notre feuille de route, c’est-à-dire les raisons du blocage actuel, c’est-à-dire aussi les moyens d’en sortir en écoutant nos interlocuteurs. »
La stratégie fonctionne : focaliser sur le CPE, ne pas s’occuper des autres articles du projet de loi.
Elle est acceptée, intégrée, énoncée par les dirigeants syndicaux.
Jacques Voisin, dirigeant de la CFTC : « Nous avons l’intention d’y aller pour dire : on retire le CPE et on n’en parle plus ! »
François Chérèque, dirigeant de la CFDT : « Nous avions donné notre accord de principe pour rencontrer les parlementaires, à condition qu’ils acceptent de parler du retrait du CPE. »
Bernard Thibault, dirigeant de la CGT : « S’il y a une opportunité de convaincre les parlementaires de l’UMP qu’ils sont dans l’impasse, nous irons pour leur demander à nouveau le retrait du CPE, mais nous ne négocierons aucun aménagement. »
Bruno Julliard, dirigeant du syndicat étudiant Unef : « Peut-être que c’est la dernière journée de manifestations si on obtient le retrait du CPE, mais si on ne nous propose que des négociations, on poursuivra la mobilisation. »


Samedi 8 avril 2006
Les États-Unis et l’Union européenne qui leur emboîte le pas ont suspendu toutes les aides directes à l’Autorité palestinienne sous prétexte que le parti qui a remporté les élections législatives, le Hamas, est en train de former un gouvernement.


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Chapitre suivant : La mélodie de l’ordre.
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© Laurent Grisel _ 23 février 2012

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