Œuvres ouvertes

Petits récits d’écrire et de penser, de Dominique Dussidour

par Françoise Quillier

Dans Petits récits d’écrire et de penser, Dominique Dussidour a réuni 13 courts textes qui tous traitent de l’écriture comme expérience, au plus intime de ce qui s’y engage.

La démarche n’est pas réflexive : l’auteur s’est donné pour règle d’aller en ligne droite sans se retourner ; il s’agit plutôt d’accompagner l’écriture en acte, d’en suivre le cheminement, à la façon d’un explorateur qui découvre une cité oubliée, note ce qu’il ignore, puis recouvre les ruines pour les rendre à l’oubli.

Penser, ici, se figure comme un territoire avec ses obstacles et ses vides, ses froissements de tôle ondulée quand la séparation amoureuse ou la mort lui imposent le pli de la syntaxe, l’enchaînement irréversible des circonstances. Pour cheminer, pour parcourir l’espace ­– qui peut être chausse-trappe- entre penser et écrire, il faut un corps renoncé qui n’est presque pas, qui se tient sur la ligne de ce presque comme un funambule ; et jusque dans le sommeil décliner toute place ou compagnie. L’auteur n’aurait à sa disposition qu’un petit carré de mer gelée et seule au bord d’un trou tirerait un fil invisible. Ou bien, la nuit, dans un pays hostile, elle passerait une frontière en contrebande, sans s’arrêter, en faisant fi des coups de feu et des appels. Elle pourrait bien se perdre ou tomber dans le vide si elle n’avait pour se retenir quelques fragments du monde capables de donner abri à la pensée, la bride d’un sac à dos ou un gaura, une fleur modeste mais très belle. Un autre secours lui vient des auteurs dont elle invoque les noms classés par ordre alphabétique comme un bornage dans la blancheur ou la nuit. Si, malgré tout, le récit menace de s’interrompre, elle a, pour reprendre force, une méthode ou si l’on veut un viatique : « la certitude que le monde est en attente d’un texte ».

Une petite fille, – écho de l’écuyère de Kafka ? –, traverse le texte comme son rêve­, c’est une enfant des rues, très fragile. Il faut la soutenir dans son entreprise un peu folle, en tout cas risquée : braquer un passant pour acheter un billet de train. Malgré tout, à cause de sa détermination, on ne doute pas qu’elle arrivera à Mexico. Comme on ne doute pas que le texte, malgré les obstacles, vienne à s’écrire.

Il revient au lecteur d’ajouter à penser et écrire un autre tour, un autre écart. Comme exemple de l’écart entre penser et écrire Dominique Dussidour note que lorsqu’elle pense « le ciel est bleu », ce qui s’écrit est « le ciel est patient ». Dans cette patience, qu’on pourrait attribuer aussi à l’écriture, il y a l’attention qui ne force rien, le consentement à ce qui nous affecte, la force de supporter du passeur. C’est un peu ce qu’il faudrait à la lecture pour qu’à son tour elle atteigne non pas l’adéquation mais l’exactitude que Dominique Dussidour dit attendre de l’écriture, ou plutôt qu’elle soit une lecture selon l’expression de l’auteur « pas inexacte » puisqu’il s’en faut toujours d’un pas pour que se poursuive le cheminement.

Petits récits d’écrire et de penser, de Dominique Dussidour, éditions Publie.net, 73 pages

© Françoise Quillier _ 1er mars 2012

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