Œuvres ouvertes

Ford annonce qu’ils vont licencier le tiers de leurs effectifs

Du 11 au 15 septembre, trente-quatrième chapitre de 2006

Lundi 11 septembre 2006
Jared Diamond, Effondrement.
Chapitre 10, « Malthus en Afrique : le génocide du Rwanda ».
Il croit que c’est le contrôle des naissances qui diminue la croissance démographique. Il ignore que c’est essentiellement le développement des droits réels des femmes, notamment leur accès à l’éducation et au travail.
Il reprend telle que la distinction entre Hutus et Tutsis : éleveurs versus cultivateurs, élancés versus râblés, etc.
Il dit que l’explication habituelle du génocide est qu’il repose sur des motifs ethniques et montre que ceux-ci n’expliquent pas tout : dans une région des Hutus ont massacré des Hutus. Il n’envisage pas d’explication politique, économique, sociale. La seule alternative à l’explication ethnique qu’il accepte, de fait, en la déclarant insuffisante est l’explication démographique, la pression d’une trop grande population sur des terres trop petites pour porter tous ces hommes.
Malaise à lire tout ce chapitre. Malaise augmenté, pas diminué, par la lecture de plusieurs pages intéressantes sur les conflits de terres et l’augmentation de la polarisation entre riches (grandes fermes devenant de plus en plus grandes) et pauvres.
Il aurait pu, par exemple, chercher si dans tous les exemples qu’il traite, des antiques aux modernes, il n’y avait pas, toujours, une augmentation des écarts entre riches et pauvres.
Il cite une enquête de terrain de Catherine André qui montre que les victimes sont souvent des gros propriétaires, Tutsis comme Hutus. Tout le système de propriété aurait été remanié après les massacres.
Il précise que la pression démographique n’induit pas nécessairement un génocide.
Chapitre 13, « L’Australie ‘‘minière’’ ». L’Australie exploite ses ressources renouvelables (forêts, poissons, terres arables) comme si c’étaient des ressources minérales, des mines : plus vite qu’elles ne peuvent se renouveler.


Mercredi 13 septembre 2006
Jared Diamond est biologiste, il applique les raisonnements évolutionnistes à tout ce qu’il approche ; spécialiste des oiseaux et de la Nouvelle-Guinée, il généralise vite.
Il est membre du comité directeur du WWF (World Wildlife Fund – Fonds mondial de la vie sauvage) – États-Unis. Cette organisation, célèbre par son panda, émeut les populations avec les animaux rares, géants, popularisés par films, légendes, dessins animés. Depuis toujours, notables de la conservation de la faune sauvage et sociétés industrielles intégrés dans les mêmes organes directeurs. Cette page des membres du bureau est une formidable galerie de portraits de gens installés dans le système existant ; dans son esthétique, propre sur soi et lisse, une déclaration de guerre aux damnés de la terre ; on leur concédera, à ces damnés, que le système devrait être « moins inéquitable » – mais qu’il le reste, donc.
Dans sa recherche de solutions Jared Diamond donne en exemple de « grandes sociétés » (chapitre quinze) ; quand même, pas n’importe lesquelles, il s’étend longuement sur Texaco-Chevron, une des plus importantes sociétés pétrolières. Elles sont toutes engagées, que je sache, dans le dénigrement des recherches scientifiques sur le réchauffement planétaire. Il ne voit pas leur rôle dans la destruction de l’humanité et de la nature. Qu’il soit reconnaissant envers ceux qui l’aident dans son association, c’est humain, on ne lui en veut pas de cette corruption, on sait bien qu’aucune aide, venant de tels intérêts, n’est innocente ni sans contrepartie.
Il met l’accent sur des facteurs universels, répétés dans l’histoire. Il donne ainsi une toile de fond. Mais le drame qui se joue au premier plan est la conjonction des effondrements écologiques et de l’Empire états-unien avec tout ce qu’il contient d’idéologie, de rêves de puissance enfantins, de pouvoir aux actionnaires et aux rentiers, etc. Il faudrait faire une recherche sur les liens, sur les relations de cause à effet, un enchevêtrement de relations nécessaires, entre le capitalisme actuel, financier, et les dégâts environnementaux. Ce n’est pas Jared Diamond qui pourrait travailler là-dessus.


Vendredi 15 septembre 2006
Ford annonce qu’ils vont licencier le tiers de leurs effectifs.
Seize usines vont être fermées, 30 000 postes d’ouvriers supprimés, ils vont virer 14 000 cadres en Amérique du Nord. Ils veulent réduire les coûts de cinq milliards de dollars. Tout cela à réaliser d’ici la fin de 2008.
De tels chiffres, ça veut dire que cette entreprise est en faillite, qu’elle vit à crédit et que ses créanciers lui ont dit que la fête est finie, qu’il faut payer maintenant, tout de suite.
Ça ne semble choquer personne. Un effet de ce qu’explique Louis Uchitelle dans L’Américain jetable, de ce qu’analyse Barbara Ehrenreich dans son blogue. Que se passe-t-il dans ce pays ? On dirait que le système qui consiste à jeter les gens en masse ne marche plus, ce n’est pas ça qui vous refait une santé ; c’est le contraire, l’industrie disparaît. Les actionnaires tuent leur poule aux œufs d’or. Ce modèle mirifique imité partout, le patron de Renault qui se prend pour Jack Welch, on met les gens sous tension et on les vide. L’autoritarisme. Flicage partout, Patriot Act qui soupçonne la totalité des citoyens américains ; qui peut croire au mot « démocratie » quand il est répété par un G.W. Bush à chaque fois qu’il doit justifier un crime ? Et il y a cette guerre d’Irak qu’ils perdent et qui leur coûte une fortune comme Joseph E. Stieglitz et Linda J. Bilmes l’ont calculé. La guerre menée par le principal allié au Proche-Orient, Israël, qu’ils viennent de perdre. Peut-être est-ce commencé, ce qu’Emmanuel Todd a décrit, la chute de l’empire. En train de se dérouler.


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© Laurent Grisel _ 3 mai 2012

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