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Oeuvres Ouvertes : Les revenants

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Les revenants

reprise d’un vase communicant de février 2012 avec Brigitte Célérier

Tu vas dans les rues de la ville pour prendre des photos. Mais jour après jour tu es plus attentif à ce que tu ne prends pas en photo, à ce que tu ne peux pas prendre en photo. Tu prends un arbre, un reflet dans une vitrine, une affiche, un chien allongé sur le trottoir, tu prends quantité de choses et d’êtres en photo, mais tu ne prends jamais ceux que tu appelles les revenants.

Les revenants sont des hommes ou des femmes qui errent à travers la ville en pleine chaleur. L’un hurle en se tenant la tête et marche à grand pas. Il lui arrive même de rentrer dans un bâtiment par une porte et d’en sortir par une fenêtre, mais silencieux. Il lui arrive aussi d’aller dans une salle d’attente, de s’enfermer dans les toilettes où il se met à hurler en ouvrant grand le robinet du lavabo pour s’asperger abondamment d’eau fraîche. Les patients dans la salle d’attente semblent indifférents aux cris, en vérité ils ne les entendent pas, étrangers au monde des revenants. Quand l’un d’entre eux se rend ensuite aux toilettes, il ne remarque pas la flaque d’eau sur le sol, il n’entend pas l’écho des cris qui court encore entre les murs.

Un autre revenant marche tranquillement dans la rue principale de la ville, un chapeau noir sur la tête, le visage fermé. Tu reconnais la chemise verte qu’il portait quelques jours auparavant, et le petit sac à dos qu’il tient toujours sur l’épaule droite. Il est immobile sur le même trottoir, semble attendre quoi ? Tu ne lui demandes pas, tu ne t’approches pas de lui, comme tu y as souvent songé, pour lui demander. Son visage fermé à la peau très noire te fascine, figurant à tes yeux la solidité des revenants, capables de passer toute une vie dans un même espace circonscrit, de hanter le réel le plus banal.

Tu restes à distance des revenants. Tu n’oserais jamais t’approcher d’eux pour les photographier. Tu les suis de loin, ou plutôt jour après jour, car ils ne cessent de revenir aux lieux que tu traverses toi, bizarrement ils sont toujours aux endroits auxquels tu reviens toi-même, et déjà l’un d’entre eux semble te reconnaître de loin, léger plissement de la peau sous les yeux que tu crois percevoir dans l’ombre de son chapeau noir, et s’il te saluait, que ferais-tu ?

© Laurent Margantin _ 8 août 2012

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