Oeuvres Ouvertes

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Herbier du dedans

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On saisit cette simple feuille sur un parking, parmi d’autres semblables, et tout à coup surgit la sensation de feuilles disparues, tout l’herbier du dedans. Feuilles qu’on ramassait une à une jadis sur le chemin quotidien, cartable au dos, qu’on collectionnait, bien plus petites pour la plupart, mais de préférence les nervurées et orangées, automnales souvent.

On en ramassait plus souvent qu’aujourd’hui à vrai dire, parce que c’était comme un jeu et qu’enfant vous aviez le droit de jouer avec les feuilles, d’en déchiqueter même pour en garder juste le squelette, le plus propre possible, mais bien sûr les plus belles étaient celles qui allaient dans l’herbier, qu’on fixait sur des feuilles Canson conservées dans une chemise, feuilles sur feuilles donc, feuilles qui séchaient, dont les couleurs disparaissaient trop souvent, feuilles qui brunissaient alors qu’humides sur le trottoir elles avaient encore les teintes de l’automne, feuilles mortes décidément.

Herbier du dedans, si vague dans le souvenir, multiples feuilles qui se mêlent. Et puis cette simple feuille ramassée aujourd’hui sur un parking, couleurs parfaites, couleurs d’un automne qui n’existe pas ici, d’un automne imaginé plus que remémoré, d’un automne devenu exotique. Cette simple feuille avec ses nervures et sa forme arrondie qui évoquent un cerveau translucide avec sa vie nerveuse mais sur un axe central – un rêve d’herbier du dedans, qui pourrait durer toute une vie.

© Laurent Margantin _ 2 septembre 2012

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