Éditions Œuvres ouvertes

Au parti

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Furieux, il est furieux. Quand, le lundi 19 novembre à trois heures du matin, le candidat soi-disant battu aux primaires monte quatre à quatre les escaliers du siège du parti, il porte une veste de chasse (détail qu’il importe de mentionner). Entouré de ses partisans, il fonce directement au premier étage dans la salle de réunion où les membres de la commission vérifient les procès-verbaux. « Je suis en train d’assister en direct à la fin du monde », hurle-t-il en entrant dans la salle, puis, rendu encore un peu plus furieux par le silence gêné qui règne dans l’assistance, il sort de la salle en claquant la porte et se dirige vers le bureau du secrétaire général qu’il ouvre d’un coup de pied. « Sommes-nous donc dans un western ? » s’écrie le directeur de cabinet du secrétaire général, scandalisé par cette intrusion. Dans un coin de l’écran placé sur le bureau, l’auteur de ce texte prend des notes. « Où est donc C. ? », vocifère le candidat soi-disant battu. Sans attendre la réponse du directeur de cabinet, il ajoute aussitôt : « La question semble être plutôt de savoir si nous sommes dans un film de science fiction ! J’ai rêvé cette nuit de la fin du monde et je veux alerter le plus vite possible le secrétaire général : Si ma victoire n’est pas reconnue dans l’heure qui vient, les premiers météorites s’abattront sur la capitale, causant des dégâts considérables ». Ce à quoi le directeur de cabinet répond : « Mais c’est que monsieur le secrétaire général dort… ». « Tirez-le de son lit, il en va de l’avenir de notre parti et du monde entier ! », hurle alors le candidat soi-disant battu aux primaires. Questionné en studio par les journalistes, l’auteur de ce texte propose plusieurs hypothèses pouvant expliquer la soudaine folie qui semble s’être emparée du candidat soi-disant battu aux primaires. Dans un coin de l’écran placé sur le bureau, les journalistes prennent des notes en riant sous cape.

© Laurent Margantin _ 25 novembre 2012