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Oeuvres Ouvertes : onirique révolution

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

onirique révolution

vases communicants de janvier

Emmanuel Delabranche est l’auteur du blog à peine perdue et du livre (numérique/papier) une ville (13 boucles) aux éditions Publie.net. Il était à la Réunion il y a quelques semaines, et, troublé de retrouver dans ses textes et photos réalisés pendant ce séjour des lieux qui me sont personnellement chers, j’ai proposé à Emmanuel un échange sur Saint Denis de la Réunion à partir de nos propres aperçus photographiques de la ville (voir Sin Dni ici même) - je le remercie d’avoir accepté (mon propre texte se trouve ici).

 

Emmanuel Delabranche | onirique volution


saint-denis_la réunion_28 novembre 2012

I.

il y avait eu cet homme dans l’après-midi croisé sous un porche assis devant une entrée trois marches pour seuil et un volet roulant fermé condamnant le passage d’une institution la préfecture peut-être comme en fond et lui là toutes affaires étalées déballées recouvrant l’escalier tachant le sol empreintes de son état puanteur intenable même nez pincé la pauvreté qui vous pénètre mais elle n’est pas vôtre qui vous enrobe et vous quitte vite et pourtant lui de rester là hier déjà demain et encore jusqu’à une mort inacceptable le sol maculé de noir sa peau enveloppée couverture de laine malgré la chaleur qui assis se frotte les mains geste machinal geste enregistré impossible à interroger que personne ne voit de toute façon tous en face à longer la mer ou en voiture à filer mais où et comment accepter ça et comment refuser cette histoire cette vie cette mort cet état bafouée est notre déclaration rien de nouveau ou de raison et qu’importe l’histoire tous et tant qu’on est on ne vaut rien puisqu’on se tait

II.

un mur immense

étiré

blanchi un jour comme neuf
devenu trace de tant
rehaussé récemment

un mur blanc
tableau libre
tableau blanc
aux lettres capitales rouges
intactes sur le crépi se décollant

onirique volution

la publicité remplissait nos villes nos vies nos rêves
achetez écrivait-on l’usage viendra
on avait inventé des fêtes mille occasions tout était bon
les mères les ancêtres les défaites le sang versé la honte les contes les religions
on avait appris à éclairer les villes à les faire scintiller
guirlandes colorées spectacles improvisés odeurs sucrées
on avait tout mis en place fait des plans des études des sondages ça allait marcher
nouveaux costumes nouvelles coutumes consommez
les magasins étaient ouverts sans jamais plus ne fermer le jour la nuit une foule immense de s’y presser dont on ressortait les bras pleins et sitôt à offrir à qui voulait
la main sur le cœur on disait
on avait transformé ces pays lointains en usines pour notre bonheur
fallait relever la tête trouver des solutions ça ne pouvait plus durer le chômage la haine l’exclusion
on y avait cru vraiment on avait pris part acheté et acheté encore
le monde avait changé
peu avant noël il y avait une grande foire et peu après des soldes immenses où tout se vendait
à chaque saison sa mode à chaque religion ses fêtes ses communions jamais ça n’arrêtait
on était parvenu à vendre l’eau l’air et plus chers si en vagues et en vent
on était parvenu à faire payer les pas dans la ville et tout le monde d’y trouver son compte payant comptant
on travaillait pour acheter et payait pour travailler

qui commença on ne sait plus exactement

les murs de publicités furent recouverts
à pleins rouleaux on badigeonna tout ce qui était écrit la ville s’effaçant sous un fin manteau blanc comme on passe du typex sur des fautes faites
il ne resta bientôt plus rien
les magasins fermèrent comme les usines lointaines
on arrêta d’offrir ce qui jamais ne servait gardant ce qu’on avait comme de l’or dans la main
on fit attention à tout tout devenant rare et cher

c’était il y a longtemps

III.

on a reconstruit la ville rebâti ses murs érigeant de nouvelles limites plus sûres
on a laissé périr et le tableau et la scène
les hommes on les regarde à peine

le texte est d’Emmanuel Delabranche _décembre 2012
le cliché est de laurent margantin_saint-denis de la réunion_novembre 2011

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© Emmanuel Delabranche _ 8 janvier 2013

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