Éditions Œuvres ouvertes

C’est un mandat

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C’est un mandat. Etant donné ma personnalité, je peux seulement accepter un mandat que personne ne m’a accordé. Je peux vivre dans cette contradiction, je ne peux vivre que dans cette contradiction. Mais c’est certainement pour tout le monde pareil, car vivant on meurt, mourant on vit. Comme par exemple ce cirque qui est entouré d’une toile, donc personne placé de l’autre côté de cette toile ne peut voir quelque chose. Maintenant, quelqu’un trouve un petit trou dans la toile et peut tout de même regarder de l’extérieur. Néanmoins, il faut qu’on le tolère à cet endroit. On nous tolère tous de cette façon un instant de notre vie. Néanmoins – deuxième néanmoins – on ne voit la plupart du temps par un tel trou que le dos des spectateurs qui sont debout. Néanmoins – troisième néanmoins – on entend la musique, aussi le beuglement des animaux. Jusqu’au moment où l’on finit par s’évanouir de peur dans les bras d’un policier dont le travail consiste à circuler autour du cirque et qui t’a simplement tapoté en silence sur l’épaule pour te signaler le caractère inconvenant de ton regard soutenu, pour lequel tu n’as rien payé.

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 16 janvier 2013

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