Éditions Œuvres ouvertes

Nuit de Sindelfingen (7)

...

En janvier, tu ne retournas plus dans le vieux bâtiment obscur.
Tout le personnel du bâtiment où tu travaillais depuis plusieurs semaines était transféré sur un nouveau site de production, un immense hangar tout neuf à l’extérieur de l’usine, dans une zone industrielle qui s’appelait Hulb.
Hulb allait être un site stratégique pour la production des sièges, Daimler au lieu d’externaliser ce secteur comme d’autres entreprises automobile investissait dans un nouveau mode de production, plus performant, basé sur le système du just-in-time.
Mais ce qui t’occupait toi plus que l’avenir de Daimler c’étaient les changements qui allaient te concerner personnellement pendant les six prochains mois et au-delà car tu allais prolonger encore une fois, pousser ton séjour dans la nuit de Sindelfingen jusqu’au Noël suivant.
Arrivé dans l’usine en bus il te faudrait descendre quelques arrêts plus loin et prendre un autre bus, ton temps de transport allait donc s’allonger, ce qui bien sûr ne t’enchantait pas, surtout en plein hiver.
Autre changement, plus important, Dieter, le contremaître, t’avait intégré dans l’équipe des monteurs, il n’y avait plus de chariots à décharger et à charger, le circuit électronique avait été remplacé par un système de chariots sur roulettes que les tapissiers chargeaient eux-mêmes et poussaient un peu plus loin, à côté des places de montage, car dans ce nouveau centre de production tous les ateliers étaient au même niveau et plus sur plusieurs étages comme dans l’ancien bâtiment.
La première semaine tu fus pris en charge par un type blond à une place de montage en bout de ligne, coussin et dossier en tissu ou en cuir qu’on prenait du chariot et qu’on disposait à l’envers sur la place de montage, lui montant le siège du conducteur de son côté et toi le siège du passager du tien, série de gestes à faire sans se tromper, série d’outils à utiliser les uns après les autres, dans le bon ordre, et lui qui était toujours plus rapide que toi évidemment, comment s’appelait ce mec je ne sais plus.
Tu entrais peu à peu dans un nouvel univers de gestes et de mécanismes, univers plus complexe que le précédent où il te fallait – du moins au début – être plus attentif qu’auparavant.
Tu te souviens de la structure métallique qu’il fallait placer sur le coussin renversé, si c’était un siège électrique il y avait toute une série de câbles à connecter, si c’était un siège mécanique ça allait plus vite, il te fallut des jours et même des semaines pour trouver le coup à la fois sec et léger grâce auquel tu plaçais correctement la structure métallique sur l’armature du coussin sans que la structure ripe sur le côté, il fallut que tu t’y reprennes à plusieurs reprises au début pour y parvenir, provoquant souvent la colère du type en face de toi qui contrôlait ce que tu faisais tout en te pressant de suivre son rythme naturellement plus rapide.

Suite

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© Laurent Margantin _ 17 janvier 2013

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