Éditions Œuvres ouvertes

Ils s’enrichissent sur le dos des surréalistes et ils en sont fiers

comment on tente d’effacer le sens et la réalité d’une lutte

Je ne comptais pas revenir sur cette affaire car j’aurais trouvé ridicule de célébrer le dixième anniversaire de ce triste événement : la vente, à l’hôtel Drouot, de la collection André Breton. Or je tombe sur un témoignage paru dans La Règle du jeu dont l’auteur, Marcel Fleiss, galériste (c’est déjà un peu comique, ce nom de métier) se permet d’insulter les simples lecteurs de Breton venus manifester le jour de la vente :


Le jour de la première vente, il y a eu une manifestation devant l’hôtel Drouot, où, parmi les contestataires, on pouvait remarquer François Bon et Annie Le Brun. Les manifestants, surtout des partisans d’Aragon et autres staliniens non repentis, essayaient, sous l’impulsion d’un certain Jean Daive, d’empêcher les collectionneurs de rentrer à l’hôtel Drouot. La police est plus ou moins intervenue et les gens ont pu accéder à la salle.

Ce qui frappe ici - mais dix ans de sarkozysme sont passés par là -, c’est l’impudence de ces gens, fiers de leur fric, du gain qu’ils ont pu faire dans cette affaire, pourquoi ne pas donner les chiffres, carrément, comme au Loto ? Cela ramènerait la passion de l’art à la réalité du temps : avant tout l’exaltation éprouvée à faire du pognon en vendant des oeuvres d’art de gens disparus et qui n’ont plus rien à dire.

Rappelons - pour simplement rétablir ce qui s’est passé ce printemps 2003 -, que la résistance à cette vente scandaleuse (on aurait pu en effet sauvegarder sinon le lieu du moins l’organisation des oeuvres telles qu’assemblées par Breton) s’est faite avant tout en ligne, et ce à partir d’un simple mail que j’ai envoyé depuis l’Allemagne à François Bon, après lecture en décembre 2003 de l’annonce de cette vente dans la presse. A partir de cette réaction initiale, une pétition a été lancée sur le site remue.net, puissamment relayée, et signée par des milliers de personnes venues de tous les horizons, et parmi lesquelles de nombreux bibliothécaires et enseignants étaient représentés. On peut encore consulter ces pages, riches en témoignages, qui ont fait de l’action Breton un beau moment de redécouverte du surréalisme (lire le beau texte de Gracq extrait d’En lisant en écrivant), de ce que Breton et ses amis avaient encore à nous dire aujourd’hui, en ces années de corruption généralisée du bien commun, que ce soit dans l’art ou dans d’autres domaines.

© Laurent Margantin _ 13 avril 2013

Messages

  • Merci d’avoir remis en place le rameur poussif de la galère.

    Je me souviens comme si c’était hier de la manif devant Drouot et de tout ce qui a été publié sur remue.net (et ailleurs ensuite) au sujet de ce dépeçage.

    Ce fut aussi l’occasion pour moi de participer à partir de cet événement à remue.net et de rencontrer ce jour-là François Bon et toi-même (on déjeuna ensuite tous ensemble), ainsi que Didier Daeninckx - auteur de l’anagramme "André Breton te brader non" - et d’autres opposants jamais "repentis" par rapport à ce scandale de l’art marchandisé.

    Voir en ligne : http://doha75.wordpress.com

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