Éditions Œuvres ouvertes

Plaidoyer pour le lire

par le Collectif Numeriklivres

J’aurais aimé participer à cette heureuse initiative, mais j’ai reçu l’invitation juste au moment où je commençais à traduire le premier cahier du Journal de Kafka, et je n’en suis pas sorti depuis (pour ce qui est des travaux hors des obligations sociales quotidiennes, du moins). Or je me sens bien sûr concerné par la problématique défendue par Jean-François Gayrard et quatorze auteurs publiés chez Numeriklivres dans ce Plaidoyer pour le lire : c’est la lecture - sous toutes ses formes - qu’il faut défendre, et pas le livre en tant que tel.

Je suis d’autant plus touché par cette question que je l’ai abordée dans Aux îles Kerguelen, où je suis allé pour lire. Il y est cependant très peu question de livres, plus de textes. Je me suis même amusé à aller là-bas avec deux malles fort légères, dont une remplie de sachets de thé, alors qu’on aurait pu s’attendre à ce que je voyage avec une malle pleine de livres, ce qui, il faut bien en convenir, eût été d’une autre époque. Quand je lis aux Kerguelen, c’est sur différents supports, qui sont à peine évoqués. Ce récit est une espèce d’hymne à la lecture, mais le réel y participe à chaque instant, pas question de lire sans avoir un rapport intense avec le dehors.

Le livre aussi a son dehors, sans quoi la littérature ne progresse pas, et même régresse, figée dans des formes anciennes. Le livre a toujours eu son dehors, hier les revues (parfois méprisées), aujourd’hui le web dont il dépend chaque jour davantage pour exister. En vérité, il n’y a jamais eu de pureté de la lecture, largement fantasmée aujourd’hui en pleine période de mutation. On peut même associer l’énorme appétit de lecture qui anime notre civilisation à la nécessité d’inventer de nouveaux supports pour essayer de le combler. Le numérique n’est en rien une négation de l’âge du papier, mais la prolongation de l’ère de la lecture, avec (comme lors du dernier tiers du siècle des Lumières) une augmentation du nombre des lecteurs.

Merci à Anita Berchenko et Jean-François Gayrard de nous inviter à envisager la lecture numérique sous cet angle-là.

© Laurent Margantin _ 30 avril 2013

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