Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Werner Kofler, Une documentation sur la province

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Werner Kofler commence à publier dès 1963 ; son premier ouvrage en volume, dont sont extraits les deux premiers textes traduits ici, Mon p’tit poussin. Garçon sage et polisson. Une documentation sur la province (1975), est une tentative d’autobiographie « totale », centrée bien moins sur l’individu particulier et son évolution psychologique que sur une génération dans un milieu social donné ; Kofler y évoque sa jeunesse non sous forme de narration continue, mais en combinant brefs souvenirs, scènes quotidiennes en dialecte, préceptes éducatifs, etc., mettant ainsi en évidence, contre toute représentation idyllique du monde rural et provincial, les contraintes sociales et morales dans la Carinthie des années 1950. (Notice du traducteur)

sexualité et norme esthétique

« appartement.
l’appartement que j’habite : une mansarde dans une maison plus très neuve, petite, odeur, une fenêtre sur la rue et vue sur le pigeonner d’en face.
il m’arrive de descendre l’escalier jusqu’à la cave, je deviens un rat, un dessin à la plume, je me déplace dans ce qui est sans plume.
la chauve-souris que j’habite. » (1965)

voici comment est née cette ébauche : à klagenfurt, par une tiède soirée de printemps (j’habitais alors à villach la maison de mes parents, une construction récente, mais je fréquentais l’école normale de klagenfurt, je faisais chaque jour le trajet en train de villach à klagenfurt et de klagenfurt à villach, des va-et-vient, une existence itinérante d’écolier, ce soir-là, je ne sais plus pourquoi, je me suis attardé à klagenfurt, il me restait encore beaucoup de temps jusqu’au départ du train suivant, l’avant-dernier pour villach), à klagenfurt, donc, par une tiède soirée de printemps, sur le chemin de la gare, je longeai le jardin thomas-koschat, et comme je passais lentement devant le jardin public baptisé d’après le prince des poètes carinthien, thomas koschat, je me dis, tu vas t’asseoir dans le jardin koschat et fumer une cigarette, par une soirée pareille, assieds-toi, me suis-je dit, et grilles-en une, une bonne austria C, et je me suis assis, sur un banc, je me suis allumé une austria C, et là, dans le jardin – un tout petit jardin public, mal éclairé – il n’y avait personne d’autre, et comme j’étais assis à fumer, je me dis, quelle soirée, et alors un besoin soudain s’insinue, le besoin de me branler, tu vas te planquer dans le noir derrière un buisson, me suis-je dit, et tu vas t’astiquer, et, après avoir regardé autour de moi si personne ne venait, je me suis planté dans le noir derrière un buisson, j’ai baissé mon pantalon et j’ai commencé à me masturber, je me suis « branlé » et j’ai giclé dans le buisson, j’ai vite remonté mon pantalon, j’ai pris mon cartable et je suis vite sorti du jardin koschat ; l’esprit brouillé, accablé de sentiments de culpabilité et d’infériorité, j’ai marché dans la rue de la gare, déserte, jusqu’à la gare, et j’ai pris le train pour villach ; pendant le trajet, occupé uniquement par ce que je venais de vivre, j’ai senti – moyen de surmonter ce qui s’était produit une fois de plus – que commençait à se former dans ma tête de la littérature ; j’ai pris des notes et, arrivé chez moi, à villach, je me suis assis dans ma mansarde et je me suis mis à écrire cette ébauche.

grandi dans une situation familiale que / je n’hésite pas à dire harmonieuse, j’ai été / élevé d’après les principes de la foi catholique / décence et morale. je ne peux pas dire que / ce fut une enfance malheureuse.
(qu’avons-nous, demandent mes parents, voulu / d’autre que faire de toi un / homme capable et heureux ? nous / n’avions que de bonnes intentions.)
en science et conscience de / ce que leur avaient enseigné leurs / parents, ils m’ont transmis / les notions de l’honnêteté ; – à distinguer, dans mon / intérêt propre tien et / mien, bien et mal. que peut-on / leur reprocher ?

frais d’inscription administrative : payés
« werner reinfried kofler est né le 23 juillet 1947 à villach-warmbad. père : ernst kofler, commerçant, catholique romain, domicilié à villach, kernstockstrasse, 9. mère : anna kofler, née moser, catholique romaine, domiciliée à villach, kernstockstrasse 9. modifications de l’inscription : – » (bureau de l’état-civil de villach)


Traduit de l’allemand par Bernard Banoun

B. Banoun (dir), Aux frontières : la Carinthie. Une littérature en Autriche des années 1960 à nos jours. Etudes et anthologie. Cultures d’Europe centrale, Hors-Série n° 2 (2003).

Première mise en ligne le 24 février 2010

© Werner Kofler _ 23 décembre 2014

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