Oeuvres Ouvertes

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Philosophie de l’imagination

Deleuze lecteur de Novalis

Novalis connaissait fort bien Kant. Il veut, dit-il, faire une « philosophie » et non une psychologie de l’imagination. C’est par le même mouvement que la nature produit des herbes et des fleurs et que « j’imagine » dit-il. Cela ne veut pas dire seulement que les images qu’a le poète sont comme des produits de la nature. Cela veut dire aussi que la nature cache ce qu’elle produit. Reproduction par des moyens artificiels. La chose est produite originalement par la nature mais de quelle manière on ne sait pas. On peut simplement la reproduire dans le laboratoire. Mais en revanche nous dit Novalis l’imagination est la faculté qui a comme correspondant dans les choses le mouvement même par lequel les choses se reproduisent. D’où le thème du romantisme allemand : rapport vérité et poésie. Il y a pour Novalis une vérité plus profonde de la poésie qui est que les images ne font qu’un avec le mouvement de la reproduction. Ainsi ce que Bachelard appelle une image (Cf. La Poétique de l’espace). On a voulu l’engendrer à partir d’autre chose dit-il. Elle est en fait créativité pure. Elle est pur dynamisme. Il refuse toute explication psychologique ou psychanalytique de l’imagination. Il commente alors certaines structures. Cohérence romantique des deux parties de son livre. Pour obtenir la vraie image du carré il faut le dynamiser. C’est-à-dire qu’il faut amener quelque chose à se carrer. Je me carre dans un fauteuil. Mouvement qui est dynamisme premier de l’imagination. D’où la richesse qu’on peut faire rendre des grands textes poétiques. La racine imaginaire de la coquille c’est le mouvement par lequel elle se produit dans l’imaginaire avec cette spirale même.

Novalis veut dire que le mouvement par lequel nous imaginons ne fait qu’un avec le mouvement par lequel la nature produit des choses. Bien sûr à condition de savoir rêver, savoir que c’est une tension très particulière de la pensée : libérer les qualités de la chose qui a l’état de nature sont tenus prisonniers.

Tout le thème de Novalis a exactement son équivalent en philosophie et pose le principe d’une imagination constituante. Dans le système l’homme ne se met pas à la place de Dieu car le système doit remplacer l’idée de création par d’autres concepts.

Extrait de : Qu’est-ce que fonder ? Cours hypokhâgne, Lycée Louis le Grand 1956-1957

Première mise en ligne : le 11 septembre 2013

© Gilles Deleuze _ 26 juillet 2016

Messages

  • C’est merveilleux (encore une fois) - ah Novalis, Novalis... cet enfant éternel voué à la Nuit éternelle... Deleuze vise juste, presque : il voit, comme toujours, du mouvement là où il n’y a que pensée se déployant dans l’Instant. Ibn ’Arabi parlait d’Imagination Créatrice (voir lien) : le Rêve devenu Un - par « fidélité d’amour »...

    Tenez aussi ce proverbe toltèque :

    « Je suis Miroir de Fumée, parce que je me vois en chacun de vous, mais nous ne nous reconnaissons pas les uns les autres à cause de la fumée qu’il y a entre nous. Cette fumée est le Rêve, et le miroir c’est nous, le rêveur »

    On the road to the Desert - de belles pensées pour vous, Laurent

    Voir en ligne : http://www.persee.fr/web/revues/hom...

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