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Oeuvres Ouvertes : Cabane d'hiver et autres notes sur le Larzac

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Cabane d’hiver et autres notes sur le Larzac

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L’hiver 2013, Fred Griot a tenu un journal de bord à l’occasion d’un séjour sur le plateau du Larzac. Ce journal était en ligne, dans la Revue des ressources, et je l’ai lu au fil des semaines. Il est devenu un livre, édité par la RdR, intitulé Cabane d’hiver.

Cette lecture a été ponctuée de quelques échanges par mail avec Fred (que je connais depuis quelques temps via son blog Refonder). Je lui ai raconté que j’avais vécu à Saint Martin du Larzac, que j’y avais fait mon service civil en tant qu’objecteur de conscience chez une association du plateau, le Cun, et on a constaté que nous avions des amis communs.

Cet échange m’a donné envie de prendre quelques notes sur ces deux années passées là-haut. J’ai également repris un poème que j’ai publié en 1996 dans les Cahiers de géopoétique dirigés par Kenneth White.

Un grand merci à Fred Griot d’avoir accepté cette dissémination où se retrouvent donc mêlées grâce à lui lecture et écriture (une piste à suivre pour les prochaines disséminations ?).

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CABANE D’HIVER, PAR FRED GRIOT

03.02.13
Causse.
- 1 degré dans la yourte au réveil. je découvre que mon lit est mouillé dessous. après 2 heures d’effort j’arrive difficilement à 15. la yourte, trop mal isolée, en plus de ne pas retenir la chaleur, a laissé le vent très insidieusement pénétrer partout. et ça condense. mais je garde un petit sourire intérieur.
je me lave même à la bassine, spécialité locale, l’eau froide fume sur ma peau tiède.

le secret c’est aussi de savoir lâcher, relâcher, savoir laisser couler les peurs, les excitations, les jours, les heures… tout en agissant, luttant pied à pied, pour garder un tout petit confort.

le vent souffle toujours, très froid.

la yourte, en plus de ce poêle récalcitrant au montage étonnant (mais heureusement j’ai l’autre d’appoint à essence, sinon ça ne serait pas tenable) est pleine de petits objets… vieux bocaux oxydés, pots de sel, de poivre, d’herbes douteuses. les casseroles, les poêles récurées sont pendues à des crochets de fer aux croisillons du mur, la cafetière sans manche en a maintenant un confectionné en fil de fer. les meubles désuets en vieux formica jaunis, plastiques criards, bois plaqués, sont pour la plupart bancales (j’ai dû réparer plusieurs pieds de table, en redresser d’autres, mettre d’aplomb l’ensemble pour que l’évier puisse se vider, que les casseroles ne glissent pas de la cuisinière…). l’arrivée d’eau était une large fuite que j’ai réussi à stopper. l’installation électrique solaire avec de vieux câbles mangés tient avec des ficelles. je me suis refait ce matin un lit de compétition avec des planches trouvées. pendent un minuscule miroir de guingois que j’ai acheté, des seaux au plafond pour les fuites, une pendule qui marque l’heure de la Nouvelle Zélande je crois… une plume noire et bleue, quelques tiges de graminées sèches… bref, le tout réparé, bricolé, nettoyé, rangé avec les trouvailles que j’ai pu faire, avec la bite et le couteau suisse, comme l’on dit…
mais je l’aime cette cabane, parce qu’elle me protège, en premier lieu, mais cet attachement est aussi en train de s’enraciner plus en profondeur, intimement, il me semble. j’aurais presque envie de lui trouver un petit nom, comme l’appart que j’avais pris, après une crise familiale, et sur la porte duquel j’avais écrit le port d’attache.

14ème jour.
casser et rentrer du bois cette après-midi. il m’en faut toujours plus d’avance. la grêle-grésil tombée hier n’a pas encore fondu sur le pavage que j’ai fait devant la porte.
bois donc, ménage (tellement on rentre de terre, de sciure, de déchets de bois en venant de dehors), séchage…
ça vente mais rien ne tombe du ciel.

une cloche rouillée est suspendue devant la porte et surmontée d’un escargot en fer forgé, qui m’invite à prendre mon temps. lui aussi on pourrait lui trouver un petit nom. je l’appellerai Bébert, en hommage à un bûcheron de Maurienne qui m’avait tant touché étant gosse.
voilà que je commence à donner des noms aux choses. ça devient intéressant. peut-être que je commence à soliloquer dans ce journal ? manière de parler, quand même, seul ?
donner des noms aux choses : moyen d’habiter le monde dans lequel on vit, de créer des présences qui ne soient pas a-nonymes ? nommer rendrait alors l’interlocution possible ? est-ce comme cela que les langues, peut-être, et le dessin aussi qui sait, auraient démarré (à la différence de l’écriture, qui répondait, elle, à un besoin trivial de mémoire comptable) ?

journée commencée un peu rudement, mais à 18 h allumer la lampe solaire, la bougie, s’installer au bureau avec un thé au lait, qui reste au chaud sur le poêle, envoyer du Janis Joplin, on est bien.
une journée qui a presque passé, et je ne me suis pas éloigné de plus de 100 m de la cabane.

le développement de l’humour : peut-être une conséquence inattendue d’être le plus souvent seul, dans des conditions moyennement aisées. au-dedans, il devient un compagnon quasi constant.
et je me rappelle alors ce qu’en disent les sages tibétains, comment ils savent le pratiquer. et je suis en fait assez content d’en arriver là, au-delà d’une tendance à la gravité qui pouvait parfois prendre le pas. ça n’est pas arrivé subitement, mais progressivement, depuis quelques temps déjà.
c’est Bébert qui va être content de me voir autant progresser.

pas de vent ce soir, je l’aime furieusement, mais là ça apaise quand même pas mal quand ce vieux bougre s’absente.

je me couche de plus en plus tôt.

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NOTES SUR LE LARZAC, PAR LAURENT MARGANTIN

1. J’ai déjà raconté mon arrivée sur le Causse du Larzac, mais ne suis jamais allé au-delà. Jamais su raconter la suite, malgré plusieurs essais. Je crois que je n’ai jamais vraiment quitté Saint Martin du Larzac, que je ne suis jamais parti de cette chambre au premier étage du presbytère dont la fenêtre était fermée par une grille empêchant les nombreuses mouches attirées par la bergerie à côté de rentrer, je crois que je ne suis jamais parti de cette chambre où, un printemps, j’ai écouté pendant des jours et des jours la pluie tomber.

2. Chaque matin marcher sur cette route au bout du causse la plupart du temps déserte pour aller travailler toute la journée à la cuisine du Cun du Larzac, profiter de ce moment de solitude avant de rejoindre les autres, la communauté du Cun, les autres objecteurs de conscience (nous étions deux ou trois selon les périodes). Gardé surtout le souvenir des marches printanières, alors que j’ai dû faire pas mal de fois le trajet à pied sous la pluie. Les brebis sur le causse, broutant les herbes fournies cette année-là suite aux nombreuses journées pluvieuses.

3. Petit bois de pins au bord de la route, que je traversais pour rejoindre le Cun : deux bâtiments, un en dur avec cuisine et réfectoire au rez-de-chaussée et un dortoir et des chambres en haut, l’autre bâtiment un préfabriqué où se trouvaient l’administration, la bibliothèque et la librairie du Cun. Au début ce sentiment de bout du monde, à me dire en marchant qu’il était étrange de venir travailler là, car il s’agissait bien de travail, ponctué de fréquentes discussions avec les autres permanents. En plus du petit-déjeuner et des repas pris ensemble, un moment particulier en fin d’après-midi, dont je me souviens plus vivement parce qu’il y avait toujours la même odeur : celle du thym, branches ramassées sur le causse qu’on plongeait dans un grand pot d’eau bouillante. La cloche qu’on sonnait pour faire venir les autres occupés dans les environs. Le goût du thym infusé, un peu trop fort au début, et dont on ne pouvait plus se passer une fois par jour.

4. Premier contact avec le pasteur Hervé Ott, une des grandes figures du plateau, patron du Cun (il n’aimerait pas ce mot). Un homme d’une cinquantaine d’années, cheveux et barbes roux, regard bleu clair, une certaine autorité se dégage aussitôt du personnage. Nous fait faire le tour du propriétaire à moi et aux deux autres objos quelques jours après notre arrivée : la maison en bottes de paille qu’il habite avec sa femme Laurence et ses deux filles, l’éolienne qui alimente le centre en électricité. Un peu d’histoire de la lutte du Larzac contre le camp militaire, mais pas trop, Hervé et les autres concentrés sur comment vivre ensemble au présent. Un grand teepee en toile blanche bizarrement monté en contrebas de l’éolienne, un lieu où les membres de la communauté se réunissent pour discuter. Plus loin, c’est sous les pins que sont accueillis les nombreux visiteurs estivaux dans des tentes.

5. Mon premier séjour sur le plateau : quelques jours en février, peu de monde au Cun. Je suis logé au dortoir avec deux types un peu louches qui me proposent de fumer avec eux. Ils sont arrivés après avoir passé plusieurs jours à s’abriter dans des grottes alors qu’il neigeait, ils ont passé un bon moment à se sécher devant le poêle de la salle du bas une couverture sur le dos. Leur air farouche les premiers temps. Thierry et Patrick. Ce mot me revient : volontaire. Quand on accepte d’être volontaire au Cun, on travaille dans un des "secteurs" du Cun (je crois que c’était aussi le mot employé), et en échange on est logé et nourri. Chaque été, plusieurs dizaines de personnes - déjà venus au moins une fois pour la plupart - viennent passer du temps ici en tant que volontaires, une façon de soutenir le projet de vie communautaire mis en place et expérimenté au quotidien.

6. La première maison où j’ai habité à Saint Martin du Larzac : l’ancienne école (une date au-dessus de la porte, que j’ai oubliée, mais du dix-neuvième), une pièce au rez de chaussée et une chambre assez sombre à l’étage, une seule fenêtre au fond, donnant sur le cimetière. On venait d’y enterrer Guy Tarlier, un des meneurs de la lutte du Larzac, je gambergeais pas mal sur cette présence du corps pourrissant, là, à quelques mètres de mon lit. Passé deux bons jours à nettoyer le sol de la chambre, une vieille moquette, car celui qui avait vécu là avant moi était un ancien militaire passé au pacifisme et qui vivait tout seul avec son chien - je crois bien qu’il n’avait jamais dû faire décrasser sa piaule et que j’étais le premier.

7. Autre chambre, plus petite, quelques semaines plus tard, toujours le même printemps : dans le vieux presbytère en face. C’est là qu’habitent les permanents du Cun. Pas d’électricité, pas d’eau chaude, des toilettes dehors. La pluie des jours et des jours ce printemps-là, à ne pas pouvoir sortir. Quand ça s’arrête, une petite marche sur la plaine derrière, ascension d’une colline et de l’autre côté le bord du causse, d’autres plateaux à l’horizon.

8. Premier échange avec Hervé : je suis assis au bureau en face du sien, je ne sais plus ce qu’on m’a donné à faire. Il travaille en silence, la tête penchée. Je vois un livre de René Girard à côté de lui, un livre sur Shakespeare qui vient de paraître. Hervé me dit avoir lu de nombreux livres de Girard, et ajoute que sa réflexion sur la violence et le bouc émissaire a été capitale dans son propre parcours. Il parle calmement, avec un peu de gêne quand il s’agit de quelque chose d’intime. Il clôt le bref échange par ces mots : "D’habitude je ne m’interromps pas quand je travaille, aujourd’hui c’était une exception". Et on retourne chacun au silence.

9. Je n’ai pratiquement rien écrit pendant ces deux années, lu oui, mais rien écrit. Je me souviens de quelques notes prises en lisant des livres empruntés à la bibliothèque municipale de Millau. D’un livre que j’ai amené avec moi et lu sur le Larzac : Carnets du grand chemin, de Julien Gracq, qui venait de sortir (je me souviens encore de la couleur mauve de la couverture). J’y avais trouvé des passages qui exprimaient parfaitement mes propres émotions devant certains paysages, que Gracq le géographe aimait pour la sensation d’ouverture qu’il y éprouvait comme nulle part ailleurs en France (pas de barrières pour délimiter les terrains). Je vivais en communauté, et il me semble que cette vie avec les autres m’accaparait. Je cherchais bien à m’isoler dans ma chambre de Saint Martin du Larzac ou à tel endroit du plateau - notamment sur les dolomites au-dessus du Cun -, mais c’était pour simplement jouir quelques heures du silence et de la solitude.

10. Cherchant ici à pallier à ce manque d’écriture, à ce "silence" pendant près de deux ans. Chaque mot écrit happant une partie de cette expérience ancienne, la réveillant, la faisant revenir (illusion bien sûr, même s’il est vrai que des détails reviennent par ce simple geste de noter quelques souvenirs).

11. Et je revois Jacques-Paul dans une des salles du préfabriqué, la bibliothèque, quelques rayons de livres sur la non-violence et la philosophie politique. Sa démarche chancelante parce qu’il était sourd, sa voix aigüe et désaccordée, sa façon de vous regarder derrière ses lunettes aux verres épais, de lire sur vos lèvres, son rire car il aimait beaucoup rire au milieu de longues heures mélancoliques passées à l’écart du groupe. S’il venait déjeuner c’était pour rigoler avec vous, son rire détonnant, brisé par sa surdité. Sa foi aussi, mais il n’en parlait pas. Son regard sur la communauté, assez distant et parfois moqueur. Il vivait à l’écart dans une pièce de la maison en bottes de paille mais je ne lui ai jamais rendu visite, quand nous parlions c’était au repas ou à la bibliothèque, je m’asseyais dans un fauteuil dans un coin de la pièce, pour y lire le journal, lui était assis à sa table une cigarette à la bouche, j’aimais ce silence à ses côtés. Qui m’avait raconté qu’il était devenu sourd après être tombé d’un balcon un jour où il fêtait son anniversaire avec des amis ? Depuis, il n’avait plus jamais fêté son anniversaire, plongé ce jour-là dans une profonde mélancolie.

12. Petite soirée d’anniversaire un 12 août au presbytère. Hervé est venu passer un moment mais reste un peu à l’écart, comme s’il voulait éviter d’être au centre de l’attention, pour une fois. Jean-Yves, le cuisinier, aussi là, on a fini par bien s’entendre après des débuts difficiles. On a fait un feu dans la cheminée. Je suis assis dans un fauteuil et une jolie fille au pantalon rouge, venue passer quelques jours au Cun, est juste à côté. Silencieuse comme moi. Au moment de nous quitter - elle part le lendemain -, elle m’offre une toute petite pierre bien polie, que je garde comme un talisman, perdu par la suite.

13. C’est un petit homme moustachu qui débarque un jour au Cun avec sa bande pour y prendre des pots de peinture. Je ne saurai que quelques jours plus tard à quoi a servi cette peinture. A Millau, je regarde vers le causse et vois écris en énormes lettres noires sur une falaise : NON A LA PAC". La PAC, c’est la politique agricole commune, et José Bové, encore inconnu du grand public à l’époque, est un militant très actif de la Confédération paysanne (dont j’ignore l’existence alors).

14. Un matin, on me demande si je veux bien aider à la tonte des brebis chez José à Montredon. Je mets des bottes, et on m’y emmène. Dans la bergerie, une centaine de bêtes. On est trois, le tondeur un grand gars maigre et sympathique venu s’installer il y a déjà quelques années dans la région, et un costaud barbu, habitué à ce genre de job. Lui et moi on attrapera les brebis qui, évidemment, n’ont pas vraiment envie d’être tondues et cavalent dans tous les sens en bêlant dès qu’on s’approche. En plus elles ont pris beaucoup de poids grâce au pâturage abondant cette année. Le gars qui bosse avec moi les attrape, les soulève, les porte jusqu’au tondeur devant qui il les pose sur le cul, et hop la laine est partie en quelques gestes rapides. Mais moi, je suis bien incapable de soulever leurs quatre vingt kilos en moyenne, et je les traîne une à une en par les pattes arrière, ce qui les fait bêler encore un peu plus fort. Tout le troupeau est massé dans un coin de la bergerie, et moins il y en a et plus il faut courir pour les attraper car elles ont plus d’espace pour tenter de s’échapper. Après deux heures à ce rythme, les mains et les bottes pleines de merde, je n’ai plus aucune force, et c’est juste à ce moment-là que le costaud barbu doit nous quitter. On me donne un peu de chocolat et on décide de ralentir, le tondeur me raconte qu’il est d’origine russe et passionné de Dostoïevski, on cause pendant qu’il tond, il m’aide aussi à attraper. Derrière nous, José est là, une écharpe pour soutenir son bras qu’il s’est blessé quelques jours auparavant. Souvenir d’un déjeuner chez lui une fois la tonte terminée, il est question de lancer des actions contre la construction de l’oléoduc et de l’autoroute qui vont permettre à quantité de camions de traverser le plateau. Quelle surprise lorsque, deux ou trois ans plus tard, vivant désormais en Allemagne, je lirai le nom de José dans le journal !

15. Thierry s’est engagé comme volontaire dans la vie du Cun, à la différence de Patrick qui ne peut pas se passer d’alcool et descend dès qu’il peut picoler à Millau. Un jour, il met les bouts, et je le croise sur la route de Saint Martin du Larzac, tenant une ombrelle, le pas vif, visiblement furieux : "Je me casse au Japon !"

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LETTRE DU HAUT-PLATEAU

La fenêtre s’est ouverte sur le pays pétrifié,
vent tiède du soir, souffle apaisé du monde.

Je voudrais te parler de l’immensité ruiniforme de ces lieux,
mais comment t’écrire, depuis cette terre qui efface les signes ?

Arrivé ici, on te présente les morts :
le hameau compte deux douzaines d’âmes,
dont les trois-quarts sont domiciliés au cimetière,
charmant petit cimetière au muret effondré
(lugubre, comme il se doit, la nuit)
sis entre l’ancienne école et l’église bouclée.

Marchant entre les tombes,
j’ai cherché en vain à lire quelques noms, quelques dates.
Marchant entre les tombes,
j’ai pensé à ces visages disparus dans la pierre granulaire,
érodés avec elle, dévorés par les vents.

Au-delà des maisons, sur la plaine,
nombreuses sont les pistes qui, au milieu des chardons
et des buis, conduisent à des rochers écroulés,
à des murailles dolomitiques détournant l’aller.

Je me suis lentement repéré dans ce chaos.

J’ai appris à reconnaître les failles
cachées par quelques arbustes...

Je me suis même représenté, quelquefois,
sous mes pieds, le dédale calcaire,
envisageant ce gouffre avec calme.

Je me suis approché, semaine après semaine,
de ce qui ne respire pas, ne croît pas, ne s’épanche pas,
de ce qui se défait et s’effondre au fil des jours pluvieux ou secs.

J’ai oublié toute statuaire, toute forme, quelle qu’elle soit,
inventée dans la pierre par un homme.

Et s’est développé en moi, imperceptiblement,
ce que j’ai cru juste d’appeler
une conscience minérale, ouverte à la beauté de l’informe.

Cahiers de géopoétique, numéro 5, 1996

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Photographies : Laurent Margantin, 1992-93

Première mise en ligne le 25 octobre 2013

© Laurent Margantin _ 22 juin 2016

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