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Oeuvres Ouvertes : Lueurs de front, par Grégory Hosteins

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Lueurs de front, par Grégory Hosteins

une dissémination

Grégory Hosteins est l’auteur de Studio nuit, un blog d’une grande tenue littéraire où il publie aussi bien des récits que des essais (lire notamment L’appendice de cire où science et fantastique se mêlent à partir de portraits d’hommes africains). Il m’a écrit suite à mon appel intitulé Jeunes (et moins jeunes auteurs), publiez sur Oeuvres ouvertes, en me proposant un texte qu’il venait de mettre en ligne. En le lisant, j’ai souvent pensé aux poèmes en prose de Trakl et aux tableaux de Munch, et j’ai trouvé que cette nouvelle, intitulée Lueurs de front, était particulièrement représentative de sa recherche d’une écriture nocturne où tout l’être est engagé.

Je le remercie d’avoir accepté cette reprise, et invite le lecteur à découvrir et à explorer Studio nuit. Grégory Hosteins a par ailleurs participé à deux reprises aux disséminations mensuelles de la web-association des auteurs.

 

Lueurs de front, par Grégory Hosteins

Ils avaient été quelques-uns, peut-être une dizaine cette nuit-là, à franchir les collines.
Leurs silhouettes jaunies, enveloppées d’une brume, avaient émergées unes à unes au-dessus des crêtes herbeuses, avant de s’enfoncer rapidement dans l’obscurité de leurs flancs.
Dans le noir n’éclairaient plus que leurs torches de soufre : minces et anonymes pinceaux de lumière.
Nous les regardions vagabonder dans la plaine.
Aucun n’avait paru menaçant.
Chacun avait été tenu cependant, un moment ou un autre, à portée suffisante de tir.

Ils avaient été des dizaines la nuit où tous, encore, nous les avions observés du perron de la ferme : larges fuseaux qui s’épaississaient alors à vue d’œil et déversaient leur jaune poisseux de part et d’autre de l’insensible pente qu’ils suivaient en marchant vers la plaine ; têtes étriquées aux puissantes lanternes qui refoulaient l’opacité de la nuit, éteignant les étoiles, y superposant leurs coniques faisceaux en lacis. Nous regardions ces phares ivres et titubants dévaler des pentes encore herbeuses la veille, des friches de vert tendre, ondulations dorées, qui seraient sillonnées de brûlures dès l’aube demain : du moins s’il en venait encore, répétions-nous ensemble, sans un mot, sans un geste… du moins s’il en venait encore de ces mineurs grotesques qui fouillaient les recoins d’une terre qu’ils nourrissaient de leurs cendres, ces hommes qui sous le soleil… troquaient leur vigile stature en ombres… toujours, toujours plus chancelantes - leurs faisceaux ayant reflué vers leurs lampes ou bien s’étaient peut-être estompés, à nos yeux, sous le soleil brûlant de l’année : ils ne semblaient plus en tout cas pouvoir éclairer le chemin ténébreux de leurs pas. Certains repartaient et se perdaient au loin dans les replis de la vallée tandis que d’autres s’aggloméraient massivement en un lieu : ici, là, peu importe, deux ou trois se croisaient au hasard et se cognaient durement avant de reculer un peu (on en riait les lèvres pincées de les voir) puis insistaient quelques temps encore afin de poursuivre leur panique lancée. Quand enfin leurs forces paraissaient les quitter, ils demeuraient ensemble sans pourtant se toucher, gravitant les uns à l’entour des autres en une ronde poudreuse, un nuage de terre.
Au cours de ces heures, de ces longues heures où l’un de nous ne cessait jamais de guetter : leurs affreuses danses, leurs lugubres nuées ; ils se muaient peu à peu en statues de poussière aux vêtements calcinés, colonnes fatiguées s’inclinant vers le sol. Le soleil de l’été ruinait leurs efforts pour sonder la vallée.
Ce ne fut qu’au crépuscule, alors que nous attendions que la plupart finisse par se répandre complètement en cendres, qu’une lame incandescente avait jailli de chaque lieu où les traînards s’étaient bon an mal an regroupés. S’était répandu dans le soir un jaune électrique que l’obscurité, une fois venue, avait rendu plus vif et plus dense…
La plaine s’était remplie à nouveau de soleils insomniaques - comme la veille, comme les jours qui viendraient -, les pentes lacérées de couteaux qui étincelaient en s’échangeant leurs reflets.
Des poches de nuit crevaient par endroits d’un trop plein de ce jour.
Des pans entiers de collines se voyaient aveuglés, par ces lampes qui semaient la terre de leurs grains de lumière, artificiels et grossiers. Cependant que la terre, fendue, ne redonnait rien, accablée de ces heures qui ne connaissaient ni le jour ni la nuit.
Inutile de tenter quelque chose, murmurions-nous à couvert. Un coup de semonce, même en abattre quelques-uns, ne ferait que les amener jusqu’à nous. Vers ce refuge branlant qui faisait face aux collines. Qui surveillait de loin leurs ballets.
Cette nuit-là … ou bien la suivante… le soc avec lequel ils avaient écorché le sol couvrit tout l’espace alentour.
Il en venait en masse.
De partout.

Ils avaient été des centaines, peut-être des milliers, à s’amonceler dans la plaine durant ces nuits écourtées, badigeonnant les ténèbres de ces lampes énormes qu’ils se collaient au front, promenant leur face de cyclope en tout sens, à la recherche d’on ne sait quoi sur le sol : avançant, avançant. Frénétiquement. Finissant par atteindre le bord de nos fenêtres.
Et butant tout contre elles.
Au point que des éblouissantes nuées s’étaient mises, régulièrement, à remplir la grande pièce. Et leur éclat était si puissant, mais tardait tant à vous atteindre (et même à vous emporter) que nos ombres s’étiraient longuement, presqu’à se détacher de nos corps, avant de se dissiper dans la lumière : avalées. Il ne fallut pas plus de l’expérience d’une seule nuit pour que nous réagissions de concert. Celles qui suivraient verraient les serrures, les fenêtres, les fissures décelées dans les murs, dorénavant closes : aveuglant à leurs yeux l’intérieur de ce piège que nous refermions sur nos têtes sans nous en rendre compte tout à fait.
Nous occupions ce foutu cube de bois depuis bientôt deux semaines.
Et nous avions peur et nous avions faim.
Et ils nous cernaient désormais. Nous abreuvant seulement d’une infecte et putride lumière.
Jamais nous n’en avions vu autant…
De ces cauchemars vivants qui sillonnaient la terre parmi les cendres que d’autres, plus matinaux encore, avaient étourdiment répandues dans les champs. Jamais depuis que nous avions fui, les uns et les autres, ces villes dont les radios, les télévisions, les réseaux, avaient annoncé la ruine imminente…
On parlait entre nous d’hommes et de femmes aux corps quasi indistincts, d’êtres vivant d’une même vision partagée et conjoints jusqu’au bout du regard. On chuchotait l’existence d’ombres humaines qui ne vivaient que de foi dans la seule parole, portant sans répit, sans appel, sans raison à qui voulait l’entendre le désastre du monde, la révélation d’une terre qui n’aurait plus connu qu’une époque, qu’un seul temps, qu’une lumière – qu’importe le retour du matin, le roulement des solstices, la venue du printemps – une terre hospitalière seulement pour ces hommes que l’éternité du temps épuisait… Ne plus être éternels… On tentait de se rappeler où nous étions, chacun, quand fut proclamé l’avènement de cette ère de malheur. Quand fut lancé le jour, maudit, contre lequel aucun homme, aucun dieu, n’avait plus rien à dire, ni à faire. Que ne sifflait plus dans les rues, dans les tours, dans le ciel, que l’urgence à partir : la panique d’autant plus agissante qu’elle répandait en tout sens la nouvelle. Pourquoi nous n’avions pas répondu à l’appel ? demandions-nous tous les six en silence…
Nous les avions à nos portes en ce probable mois de juillet : hommes et femmes inconscients qui avaient entendu la nouvelle en fermant les yeux sur le monde, nous réjouissant en silence de le savoir perdu et sans fin, promesse incertaine d’un autre. Nous les avions contre nous, au-delà seulement des frêles lattes de bois qui nous séparaient de leurs rondes, refusant toujours de suivre leurs foules qui prônaient par leurs égarements que l’enfer couvrait à présent toute la Terre, que d’autres niveaux gisaient quelque part sous nos pieds, sous nos pères : abîmes plus profonds, plus réels, pour lesquels il fallait consumer nos dernières images de bonheur… se guider seulement à ces rêves… tarir la source de leurs trompeuses lueurs… faire appartenir nos vies à ces invisibles enfers, avaient-ils proclamé, affirmant que la terre attendait que l’on creuse ses flancs.
Leurs rêves brûlaient ainsi derrière leurs paupières et vidaient leurs crânes du moindre foyer de raison.
Nous regardions ces ombres s’enfoncer dans le monde précédées d’un flambeau.
Mais personne ne comptait plus jours et nuits.
Pour eux comme pour nous… bientôt… déjà : toute étoile était morte.

La nuit où aucun d’entre nous n’avait pu trouver le sommeil, où chacune des trois pièces avait connu leur première nuit blanche, on les avait imaginés s’affairer par millions se pressant contre nous. La plaine bondée dans laquelle sombrait notre cage, baignait dans une vapeur épaisse, perlant de ce jaune éclair mais terni qu’aurait alimenté un combustible gazeux et vicié. Recroquevillés chacun dans un coin, derrière une chaise, un banc de bois ou une couverture, nous reniflions en silence cet air chimique et pâteux qui séchait facilement sur nos hardes. Il fallait s’ébrouer sans tarder pour éviter que les gouttes - qui se formaient aussitôt - ne vinssent entamer le tissu et menacer la peau d’une brûlure. Une blessure pourtant indolore. Infime tache superficielle de charbon.
Leurs fièvres nocturnes n’avaient jamais incendié aussi loin le vallon.
Le matin approchait qui allait suspendre quelques heures leurs fouilles incessantes.
Mais alors que le soleil insouciant avait jusqu’ici péniblement protégé notre abri de fortune, le silence des collines l’exposa brusquement : l’aube n’était pas encore là que le coup de feu avait déjà retenti.
Ils avaient été des milliards, des centaines de milliards sûrement, à fondre sur nous d’un seul jet : doigts tendus, mains ouvertes, et les yeux absents.
Un cauchemar éveillé.
L’aube s’était pourtant levée : fraîche, silencieuse.
Mais tandis que le ciel du matin continuait d’engloutir leurs funestes lumières, nous avions senti déjà, sur nos peaux trempées de sueur, la même chaleur que celle qu’exhalait toutes les nuits la plaine calcinée. Chacun de ceux qui étaient debout voyait s’assombrir le visage, puis les bras, puis les chevilles de son voisin qui se tavelaient patiemment. L’insupportable chaleur était montée d’un cran. Il avait fallu se retenir pour ne pas plus se dévêtir.
Pour ne pas se dire oui. S’abandonner complètement. L’un face à l’autre.
Le tumulte s’amplifia.
Les mineurs continuaient d’affluer.
Et les hélices de leurs marches indolentes battaient les parois grinçantes de notre pauvre masure. Un fracas innommable parcourait ses cloisons. Les pièces de bric et de broc avec lesquelles nous avions obturé chaque ouverture s’écaillaient à vue d’œil : notre chambre noire se métamorphosait en une boîte, de carton incolore, que l’on déchirait ou froissait alternativement. Secousses répétées, lamentations des viscères, leurs ombres de phosphore avançaient. Les plus proches ne tourmentaient plus la terre à la recherche d’issues dérobées mais rongeaient directement le bois de nos murs de misère, son os charbonneux, impénétrable foyer.
Le flot anonyme qui emportait notre ridicule bastion fusa dorénavant de mille et unes figures toujours plus distinctes : il y en avait qui tentaient, en d’horribles efforts en commun, de passer la tête, puis les épaules, dans les étroites fenêtres qui donnaient sur l’arrière ; il y en avait qui desserraient par la force du nombre les lames mal assemblées du plancher, glissant vers nous le bout de leurs doigts apeurés, ainsi que l’œil fixe et brûlant de leur crâne ; il y en avait aussi qui couraient sur le toit pendant que d’autres les quittaient en tombant lourdement dans un grand brouhaha de clameurs. Et quand ils ne chutaient pas, ils finissaient par passer, serrées l’une contre l’autre, leurs terribles faces dans la haute lucarne que nous avions laissé béer vers le ciel. Ils beuglaient alors une seule et même plainte sonore que l’absence si palpable de Sandra rendait plus présente, plus sensible encore.
Nous avions rapidement reculé dans la pièce du fond : celle qui n’avait pas de fenêtre, celle où Sandra justement avait répondu à l’appel. Recourbés sur nous-mêmes, moi seul et les autres par grappes de deux, nous avions jeté sur nos corps autant de couvertures et de linges que nous avions pu en trouver, sans pourtant effacer, reportées l’une sur l’autre, les silhouettes de qui nous étions : ombres nimbées d’une pluie jaunâtre, taches goudronneuses faisant pièce aux acides nuées. Ainsi accroupis, repliés, nous protégions - sans succès - les battements de nos cœurs du bruit affreux que faisaient leurs peaux qui se froissaient et se déchiraient au rythme de leur violentes aubades. Les bras des spirales qui agitaient leurs masses continuaient de percuter les murailles en sursis de notre frêle prison ; elles nous faisaient dire, et surtout contredire, qu’il en venait encore : plus que nous ne pourrions espérer en compter.
Ils étaient sans nombre.
De très loin, le piétinement de leurs troupes grondait jusqu’à nous et perçait nos tympans. La terre résonnait si fort de leurs os lourds et pleins, qui s’entrechoquaient dans la plaine, que le temps se ralentissait : les poussières du parquet flottaient dans l’air, le sol tremblait d’interminables convulsions, les fondations de la baraque menaçaient de se soulever d’une seconde à l’autre.
Nous ne bougions plus. Attendions simplement que les murs s’éventrent.
Aucun d’eux cependant, la seconde d’après, n’avait encore pénétré dans la ferme. Ils paraissaient seulement vouloir glisser leur œil monstrueux au-delà de l’inacceptable écran de nos murs, de nos corps trop vivants ; vérifier l’existence d’un passage, d’une issue, entre leurs rêves illuminés et la porte noire des enfers.
Ils pesaient sur nous tout ce temps. En hurlant.
Mais les parois tenaient.
C’est pourquoi nous avions reculé plus encore dans l’ombre. À l’abri des visions de cette étrange tête, au crâne arrondi et chauve, dont le front se prolongeait vers le haut d’une si longue extrémité qu’elle semblait avaler la totalité de ce qui devait être un visage. Les yeux fermés, nous collions nos joues contre les murs de la pièce et tentions de suivre leurs mouvements : l’oreille flottait au fil des grincements que faisaient les planches jusqu’à ce qu’un nœud, toujours un peu sourd, étrangle le chant toujours aussi répugnant de leurs marches inquiètes.
Un bruit nous alertait et nous relevions la tête aussitôt, les yeux exorbités, tournés immédiatement vers celui du voisin ; chacun, du regard, interrogeant l’autre : d’où venaient ces longs souffles de désespoir, ces cris de détresse qui semblaient sortir de leurs corps assemblés ? Avaient-ils même une bouche pour gémir ainsi ? Quel était ce cri affreux qui semblait faire écho au décharnement continu que chacun de leurs corps infligeait aux autres ?
Celui de Sandra que nous entourions au milieu de la chambre donnait autant de réponses qu’il lançait de questions. Le regard détourné de sa tête qui n’avait plus de visage, au milieu de la poudre et du sang qui diffusaient leurs haleines, nous sentions le tumulte qui redoublait. Si fortement que ce qui n’était plus une voix mais déjà un cri - le cri minéral d’une gueule absente, la plainte d’un œil solitaire faisant signe vers le corps de sa maigre souffrance - changea brutalement de substance.
Un bruit insinuant s’exprimait du vacarme.
Un grésillement entêtant qui rappelait le bruit des fils électriques mordus par le gel. Qui ne venait ni du dehors, ni des replis de nos carcasses froissées. Il ne semblait pas même inhabituel mais s’être plutôt installé près de nous depuis bien longtemps : crépitement électrique qui ne nous avait pas quittés depuis des mois, des semaines ; que nous entendions chacun, sans le dire, comme le signal le plus proche du vide dont se chargeaient peu à peu nos conversations ; un silence que propageait dans la plaine le fracas organique des ombres ; celui que Sandra avait dû percevoir avant d’armer son fusil. Écho grimaçant de la peur qui danse.
Le coup de feu ne l’avait pas recouvert.
Mais l’avait au contraire parmi nous introduit.
Signal de mort habitant désormais nos cuirs fatigués. Plaintes venues d’infinis qu’aucun de nous n’aurait pu soupçonner - d’un fond si profond qu’une chose absurde comme une nature de l’homme s’y serait vite perdue et même disloquée. Cris de douleur qui disaient la mort à tout le monde, cette mort qui vous prend pour un rien, pour un manque de prudence, pour un pas de trop, qui promet sa fière injustice aux vivants : œil solitaire sans balance ni jugement, jetant à grande eau tous les êtres dont c’est le lot de s’éteindre, dont c’est le moment.
Nous faisions tout pour ne rien entendre de l’alarme qu’elle avait déclenché en retournant l’arme contre elle.
Aveugles au signal, jaune et noir, qu’elle était devenue en mourant.
De la terreur qui jaillissait des bouches absentes qui nous dévisageaient, nous savions qu’elle était l’avenir de ceux qui cèderaient à leurs vœux. Nous attendions de savoir qui se porterait, en second, volontaire.

Chaque seconde n’est que coups et bousculades, genoux dans les côtes et joues lacérées, épaules broyées, poumons oppressés, des cheveux qu’on arrache par des mains qui griffent, caresses qui brûlent et visage arraché : je marche au cœur d’un drôle d’animal. Un être dont chaque cellule enferme l’autre en sa douleur, y transmet ses blessures, y dépose ses chaînes. Un être courant au gré d’une plainte mourant d’infini.
Époux d’une clameur.
J’entends que nous sommes des milliards de milliards à vivre ainsi, coudoyant nos ombres dans la ronde du matin, quand l’herbe sèche nous force à l’élan dans les plaines, quand l’humidité soulevée de la terre aride humecte les yeux et les lèvres - que nous n’avons pas, dont nous n’avons rien, plus aucun vestige, sinon ce rêve proéminent qui étend sa lumière dans la nuit.
Je marche à plusieurs dans la brume acide que développent nos pas. Je respire l’air de ceux qui choisissent de suivre leur vie de mourants.
Homme lucide et blessé.
Muet de chanter ses plaies.
Demain du haut des collines, au bas du ruisseau, les herbes auront plié, le sol sera cru, des épines fleuriront. Du jardin ne restera que ces ronces qui n’étaient pas là hier. La terre tournera le visage qui lui fut toujours réservé. Un enclos piétiné où se cache un puits sec. Pour que les hommes tombent, tombent et retombent encore.
En ce lieu sur la plaine rien de clair n’aura été révélé. L’on cherchera donc plus loin, plus profond, ceux qui naissent et vivent encore éternels : anciens dieux, premiers hommes, qui ne se connaissent toujours pas comme mortels.
La troupe accélère, la poussière nous rassemble.
Je suis, nous sommes, ce message en chemin.

© Grégory Hosteins _ 4 décembre 2013

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