Éditions Œuvres ouvertes

On ne peut pas briser de chaînes quand il n’y en a pas de visibles

extrait des Conversations avec Kafka de Gustav Janouch

Tout navigue sous de faux pavillons, aucun mot ne correspond à la vérité. Moi, par exemple, je rentre maintenant chez moi. Mais ce n’est qu’une apparence. En réalité, je prends place dans un cachot installé spécialement à mon intention, d’autant plus rigoureux qu’il ressemble à un appartement bourgeois tout à fait ordinaire et que personne, à part moi, ne discerne qu’il s’agit d’une prison. D’où également l’absence de toute tentative d’évasion. On ne peut pas briser de chaînes quand il n’y en a pas de visibles. La détention est donc organisée comme une existence quotidienne tout à fait ordinaire, sans confort excessif. Tout semble construit dans un matériau solide et stable. Mais en fait c’est un ascenseur qui descend à toute allure vers l’abîme. On ne le voit pas, mais on l’entend déjà gronder et bruire devant soi, quand on ferme les yeux.

© Franz Kafka _ 27 décembre 2013

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