Oeuvres Ouvertes

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Henri Michaux, Les Meidosems

trois extraits

Trente-quatre lances enchevêtrées peuvent-elles composer un être ? Oui, un Meidosem. Un Meidosem souffrant, un Meidosem qui ne sait plus où se mettre, qui ne sait plus comment se tenir, comment faire face, qui ne sait plus être qu’un Meidosem.
Ils ont détruit son "un".
Mais il n’est pas encore battu. Les lances qui doivent lui servir utilement contre tant d’ennemis, il se les est passées d’abord à travers le corps.
Mais il n’est pas encore battu.

Des coulées d’affection, d’infection, des coulées de l’arrière-ban des souffrances, caramel amer d’autrefois, stalagmites lentement formées, c’est avec ces coulées-là qu’il marche, avec elles qu’il appréhende, membres spongieux venus de la tête, percés de mille petites coulées transversales, allant jusqu’à terre, extravasées, comme d’un sang crevant les artérioles, mais ce n’est pas du sang, c’est le sang des souvenirs, du percement de l’âme, de la fragile chambre centrale, luttant dans l’étoupe, c’est l’eau rougie de la veine mémoire, coulant sans dessein, mais non sans raison en ses boyaux petits qui partout fuient ; infime et multiple crevaison.

Organes épars, courses rompues, intentions prises dans la pierre. Le solide vous a ainsi. En tessons de vous-même. Le solide tant désiré vous a enfin.
Disloqués, en morceaux, genoux de l’élan. Etrange palissade meidosemme.

© Henri Michaux _ 28 février 2014

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