Éditions Œuvres ouvertes

A la découverte du premier blogbook de Julio Cortazar

avant le web

J’appelle blogbook un récit composé quotidiennement sur le web, donné directement à lire sans passer par un éditeur.
En mai 1982, Julio Cortazar et Carol Dunlop partent sur l’autoroute du Sud en direction de Marseille, au volant d’un vieux Combi Volkswagen. Cette "expédition" dure 32 jours ponctués par des arrêts sur les parkings et aires d’autoroute. Cortazar laisse sa machine à écrire et emporte avec lui un des premiers ordinateurs personnels Amstrad sur lequel il composera ses premiers fichiers texte et image. En voici quelques extraits, et notamment des Préliminaires.
Sans conteste, Cortazar est le créateur du genre blogbook : on y reconnaît le mode de composition propre à l’écriture-web : en temps réel, faisant jouer ensemble photos prises et textes écrits au quotidien, mais aussi dessins, cartes.
Si l’ordinateur de Cortazar avait été connecté au web, nul doute qu’il aurait posté ces quelques centaines de fichiers, et on peut considérer l’écrivain argentin comme un précurseur de la blogosphère littéraire.

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Jusqu’à l’été 1978, ô pâle et intrépide lecteur, nous appartenions encore l’un et l’autre à cette race de mortels qui prennent l’autoroute pour ce qu’elle paraît être ; un ouvrage moderne minutieusement étudié pour permettre à des voyageurs, enfermés dans ces capsules à quatre roues, de parcourir un trajet facilement vérifiable sur une carte et généralement déterminé d’avance en un minimum de temps et avec un maximum de sécurité. Les ingénieurs à l’origine de la conception et de l’élaboration de cette véritable institution - n’hésitons pas à le dire - qu’est l’autoroute, ont fait des prouesses pour écarter du chemin de l’automobiliste non seulement tous les obstacles qui pourraient nuire à la vitesse (la grande majorité des usagers de cette voie étant, c’est bien connu, des moyennistes pratiquants), mais aussi tout ce qui pourrait distraire le conducteur de sa concentration sur la bande d’asphalte, laquelle tend à donner à ceux qui la suivent - fallacieusement comme il sera constaté plus tard - l’impression d’une totale continuité, continuité qui finit par englober, au bout de trente, quarante ou soixante minutes de vitesse constante, non seulement les roues du véhicule illusoirement contrôlé par l’être humain au volant, mais jusqu’au volant de ce véhicule et aux mains et aux réflexes dudit être humain qui, consciemment ou non, se rallie ainsi à cette grande totalité impersonnelle recherchée par toutes les religions.

(Julio Cortazar, fichier Préliminaires)

© Laurent Margantin _ 11 avril 2014

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