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Oeuvres Ouvertes : Au-delà des frontières : la parole du conte avec Salim Hatubou

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Au-delà des frontières : la parole du conte avec Salim Hatubou

dissémination d’avril

Ce mois-ci, Carol Shapiro proposait une dissémination intitulée de l’être la frontière "en pensant à Lampedusa". En la lisant, c’est à une autre zone où des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants poussés par la misère tentent d’accéder par la mer à la "fortesse Europe" (selon la formule déjà ancienne du philosophe allemand Jürgen Habermas) que j’ai pensé.

Depuis 1995, l’instauration d’un "visa Balladur" empêche nombre de Comoriens de se rendre à Mayotte, notamment pour rendre visite à des proches (la France a été condamnée plus de vingt fois par l’ONU pour avoir arraché cette île à son archipel) : on estime que 7000 personnes sont mortes en essayant de rejoindre l’île-soeur sur des embarcations de fortune. Ce n’est pas à Lampedusa au large de l’Italie que ce drame a lieu, mais bel et bien dans les eaux d’un territoire d’outre-mer devenu département français en 2011.

Salim Hatubou est né en 1972 à Hahaya en Grande-Comore, il vit à Marseille. Il est l’auteur de plusieurs récits et rassemble également depuis de nombreuses années des contes de son pays. Je le remercie de m’avoir permis de reprendre Gnamawiyi du volume Contes et légendes des Comores qu’il a réalisé pour les éditions Flies France, je remercie également Nicolas Alarcon de m’avoir donné accès à ce livre à la bibliothèque universitaire de Saint Denis de la Réunion. Pour en savoir plus sur Salim Hatubou, on peut consulter cette page du richissime site D’île en île.

 

GNAMAWIYI

Autrefois existait un village où la population était l’incarnation de l’avarice, de la gourmandise, de la paresse, de l’orgueil, de la luxure, de l’envie et de la colère.
Une nuit, un va-nu-pieds s’y arrêta, se dirigea vers la première case venue et frappa à la porte. :
— Pitié, je suis un pauvre voyageur, donnez-moi un peu à boire ! Je meurs de soif !
— Va-t’en, sale vagabond ! lui répondit-on.
L’homme partit demander l’aumône à la deuxième case.
— Va-t’en, sale vagabond ! lui rétorqua-t-on.
A la troisième case, une femme lui jeta une calebasse d’eau sale sur la tête en hurlant :
— Déguerpis d’ici, sinon mon mari viendra te découper en petits morceaux !
Le vagabond fit le tour du village, mais personne ne voulut lui offrir l’hospitalité. Je vous l’avais bien dit : ce village-là était l’incarnation de l’avarice, de la gourmandise, de la paresse, de l’orgueil, de la luxure, de l’envie et de la colère.
Tandis que l’homme quittait le village, il entendit une petite voix fredonner une berceuse. Il s’arrêta et chercha. Il aperçut une vieille case éclairée par une petite lumière tremblante. Il s’approcha et demanda :
— Y a-t-il quelqu’un ici ?
Une vieille femme se présenta et dit :
— Honorable étranger, tu dois être fatigué. Viens, entre !
Le vagabond entra. La vieille femme lui servit un repas chaud et à boire. Ensuite, elle alluma un feu et l’étranger se chauffa. L’homme remercia sa bienfaitrice et lui proposa :
— Femme, quitte ce village et viens avec moi !
La vieille femme pleura, car elle voulait pas abandonner sa terre natale. Le vagabond insista tellement qu’elle finit par accepter de le suivre.
Et ils partirent. Dès qu’ils tournèrent le dos au village, il commença à pleuvoir. Le vent se déchaîna et les éclairs zébrèrent le ciel. Toute la population se réveilla en sursaut et courut dans tous les sens. Mais aucun ne put s’échapper, car la pluie inonda les habitations et emporta tous les villageois.
En réalité, ce va-nu-pieds était un ange envoyé par Dieu. L’eau de pluie forma un lac. Il existe toujours sous le nom de Lac salé ou Gnamawiyi, c’est-à-dire Mauvaise Chair. Les siècles passent et tout le monde parle de ce village maudit parce qu’il était l’incarnation de l’avarice, de la gourmandise, de la paresse, de l’orgueil, de la luxure, de l’envie et de la colère.

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Première mise en ligne le 25 avril 2014

© Laurent Margantin _ 4 avril 2015

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