Oeuvres Ouvertes

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"Un intérieur entièrement traversé par l’extérieur" (Sommaire 12/05/2014)

nouvelles de la semaine

- On continue le centenaire du Procès sur Oeuvres ouvertes. Rappel du projet : relire les dix chapitres du récit de Kafka écrits entre août 1914 et janvier 1915. Cette fois, on s’est intéressé au procès réel vécu par Kafka et au rôle de la fiction dans les lettres et le Journal.

- Dans la webliothèque : Je combats, 24 histoires fantastiques de Kafka extraites d’un cahier de 1920, plus de 300 lectures en une semaine.

A lire ailleurs :

- suivre sur Le Saute-Rhin les lectures franco-allemandes sur 14-18 : textes sur Valéry, Jünger, Hemingway...

- Je recommande la lecture de ce texte de Noémie Lefebvre sur Flaubert dont j’extrais ce passage sur Madame Bovary (analyses qui me semblent valoir aussi pour Kafka) :

J’ai habité pendant des années à côté de Yonville, dans ce fameux « pays qui n’existe pas » mais qui m’a pourtant bien attaqué la jeunesse et limité l’avenir avec ses automnes glacés, ses brouillards épais, sa Rieule et ses saules penchés, sa boue des champs, son ciel changeant et ses vaches immobiles. J’ai pour ainsi dire une expérience personnelle de l’aliénation paysagère et pour moi, la leçon politique de Flaubert est moins dans L’Education sentimentale et le récit de 1848, que dans la place assignée à cette petite femme de province. Ce qu’il montre, c’est la présence du politique dans la campagne. Le dedans et le dehors ne sont pas des cadres de la pensée, la psychologie n’est jamais expliquée que par l’extérieur, à vrai dire il n’y a pas de psychologie. Les problèmes de Madame Bovary ne sont pas des problèmes psychologiques, ce sont des problèmes de vaches, de peupliers, de branchages, de cloches, de pension, et de tout ce bric-à-brac catholique, chandeliers, autel, vases et sons de cloche. Et tout est au même plan, oui tout fait sens, directement, un intérieur entièrement traversé par l’extérieur, c’est la limitation du dedans par le paysage et le désir d’en partir. Il n’y a pas de cause psychologique à la folie d’Emma. Sa névrose est extérieure, son suicide est le résultat d’une violence inscrite dans les prés et les bois. Pour Flaubert, il n’y a pas de cadre innocent, il n’y a pas de décor sans pouvoir. Les paysages sont des empêchements, les prairies des obligations, les saisons des recommencements, quelle que soit la limite du monde qui nous concerne.

© Laurent Margantin _ 11 mai 2014

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