Éditions Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (2)

homme seul

Venu du continent lointain – il avait alors une vingtaine d’années –, on l’avait d’abord vu sur le rivage, dessinant des navires qui voguaient au large. Puis il s’était aventuré à l’intérieur de l’île, à la recherche de paysages inédits et de visages nouveaux. Il avait voyagé à pied et à cheval, empruntant des sentiers souvent dangereux, jamais à l’abri des chutes de pierre. De ses excursions dans les montagnes, il avait ramené quantité d’images qu’il avait montrées fièrement aux gens de la ville, qui ne s’étaient jamais risqués dans les régions explorées par cet homme seul.
A son retour, la tête pleine des visions qu’il avait rassemblées en l’espace de quelques mois sur l’île, il avait fait une autre découverte : celle d’une presse lithographique qui paraissait à l’abandon, et il s’était mis au travail, reproduisant ses dessins à plusieurs dizaines d’exemplaires, confectionnant un album qui l’occupa les trente années qui suivirent, sans jamais obtenir un succès commercial, car les bourgeois de la ville se moquaient de cet homme animé par ses visions d’oiseaux, d’insectes et de plantes, et qui collectionnait les paysages comme d’autres les montres.
Il ne quitta jamais plus l’île aux milliers d’images, mourut pauvre, mourut riche.


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© Laurent Margantin _ 2 juin 2014

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