Éditions Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (4)

paysage marin

Enfant, les jours au bord de la mer le mettaient dans une humeur difficilement descriptible. Les premières fois, cela avait été des plages ventées et grises, où on attendait sans savoir quoi exactement. Un parent plus âgé était quelque part dans une chambre, et il fallait prendre son mal en patience, car il allait sans doute mourir.
Puis il y avait des images de jours pluvieux où on ramenait sur un bateau une victime de son intrépidité, quelques curieux observant la scène pris de l’envie d’insulter l’océan. D’autres jours encore où on rendait visite à des parents qui s’ennuyaient ferme dans un hôtel où ils n’avaient absolument rien à faire, ni le lit, ni la vaisselle, ni les courses, ni la cuisine. Occupés donc heure après heure à jouir de la disparition de toutes les tâches quotidiennes, et à faire ainsi le bilan des efforts économisés pour se convaincre que, oui, ils étaient bien en vacances.
La mer, c’était l’ennui, le vide au bout des terres.
Puis un jour vint où, ensoleillée, elle parut, pleine d’une vie éclatante que des hommes avaient même célébrée dans des poèmes. Mais sans que jamais, hélas, s’effaçât en lui ce sentiment originel d’un paysage dénué de tout intérêt où l’humanité cuisait dans son jus.


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© Laurent Margantin _ 3 juin 2014

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