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insulaires, blogbook (10)

marcheur

Il marchait à travers la ville, même en pleine chaleur il marchait. Une veste en cuir sur le dos, les cheveux gris et la barbe de même couleur en bataille, un peu voûté toujours, les yeux sauvages. Il parlait souvent, et tout à coup hurlait, se tenant la tête à deux mains, hurlait d’une voix rauque et terrible. Sa souffrance était immense.
Les gens s’étaient habitués à lui, comme en d’autres villes ils avaient leur fou inoffensif, car celui-ci, entre deux crises soudaines, pouvait être affable et parler quelques instants avec un passant, avant de reprendre sa course. Personne ne craignait l’homme et sa douleur.
A la terrasse de ce café, il avait pris l’habitude de s’asseoir à côté de nous. Etait-ce pour nous gêner, ou bien parce que notre présence lui convenait ? Il commençait alors à parler tout seul, se racontant nous ne savions quelles histoires, vers lesquelles, instinctivement, nous tendions l’oreille, inquiets toutefois de le voir bientôt hurler dans ce lieu tranquille.


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© Laurent Margantin _ 5 juin 2014

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