Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (11)

lui

Au milieu de la ville, des hommes vivaient dans la saleté et dans la peur. Des murs les séparaient de leurs semblables en liberté. Pourtant, ils étaient là, à quelques mètres des passants dans la rue.
Lui, le mendiant, l’errant, l’infortuné, s’adossait chaque matin contre le mur jaune de la prison. Il en sentait le froid, la mort de l’âme des vivants de l’autre côté. Avait-il un parent derrière le mur, ou bien avait-il partagé la vie des prisonniers ? Nul ne savait.
Il restait dans cette position un bon moment. Puis il s’en allait à travers les rues, riant, riant de tous et de toutes, riant de leur frénésie d’achat, riant aux éclats de leurs soucis médiocres. Chargé toute la journée du désespoir des prisonniers, il était leur intercesseur, celui qui les libérait de leurs mots de haine et de frustration, celui qui faisait d’eux, même enfermés, des hommes libres. Et des passants qui se faisaient insulter, nul n’aurait osé le malmener.


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© Laurent Margantin _ 6 juin 2014