Éditions Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (13)

statue

On ne parlait de lui qu’au passé. Il était parti. Il avait quitté notre terre il y avait des années de cela. Combien exactement, on ne savait pas. On ne savait pas non plus quand il était né, ni où sur l’île. On savait juste qu’il était blanc et avait écrit sur les ravines et certains coins légendaires que nous connaissions sans les avoir vus de nos propres yeux. Ses œuvres avaient été publiées là-bas, comme on disait, dans ce pays où il était finalement resté, sans jamais revenir ici. Ses livres célébrés au bout du monde, on ne les trouvait d’ailleurs pas chez nous.
Tout cela, c’est ce qu’avaient raconté nos arrière-grands-parents, qui tenaient eux-mêmes ce récit de leurs propres ancêtres. Certains d’entre eux connaissaient quelques vers appris à l’école. A les écouter, nous ne reconnaissions rien de ce qui était autour de nous, ni les plantes, ni les arbres, ni les animaux. Sur une place de la ville trônait une statue le représentant dans la pierre blanche, usée par les pluies et les vents. Sa tête énorme semblait être celle d’un monstre, et non d’un homme. Dans son nez brisé étaient enfoncés deux clous, comme si l’on avait voulu punir ce maître de la langue dont nous avions été les esclaves.


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© Laurent Margantin _ 7 juin 2014

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