Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (14)

inconnus

On les voyait apparaître au coin d’une rue, la démarche lente et souple, habillés d’un pantalon et d’une chemise sombres, coiffés d’un chapeau noir. Ils étaient également noirs de peau et semblaient, ainsi vêtus, personnifier l’âme véritable du pays, transportant avec eux la connaissance de paysages cachés derrière les montagnes, de mœurs et de rites disparus, de paroles évanouies des mémoires.
Il aimait suivre du regard ces hommes au visage inexpressif, à la bouche toujours fermée, il aimait les voir avancer dans la rue, indifférents au monde qui les entourait, jamais pressés, puis disparaître enfin, emportant avec eux le mystère dont ils n’étaient même pas conscients. Combien étaient-ils ? Quelques dizaines, davantage ? Se parlaient-ils entre eux, se considérant comme des frères ? Se retrouvaient-ils à certains endroits pour parler une langue qui leur était commune ? Y avait-il encore de tels endroits, ou bien marchaient-ils chacun de leur côté sans même savoir où aller ?


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© Laurent Margantin _ 7 juin 2014