Oeuvres Ouvertes

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insulaires, blogbook (16)

photographies

Ils ne nous photographiaient qu’aux endroits correspondant aux images qu’ils avaient déjà dans la tête avant de nous voir. Ce pouvait être chez un coiffeur à la boutique modeste : ils entraient avec un grand sourire, nous adressaient brièvement la parole pour savoir s’ils pouvaient prendre des photos, puis disparaissaient. L’endroit leur convenait : des Noirs se faisant couper les cheveux dans un espace minuscule au plafond bas, juste éclairé par la vive lumière du dehors, des coupures de journal jaunies collées aux murs, deux vieux coiffeurs installés là depuis des décennies, un transistor dans un coin crachant de la musique locale.
Autour, il y avait les bâtiments modernes, toute une infrastructure récente qui avait bouleversé la ville et tous les environs. Cela ne les intéressait pas. Ils ne fixaient que ce qui avait un cachet ancien et exotique, et s’en retournaient ensuite dans leur pays coller les uns contre les autres ces fragments d’un pays qui n’existait plus, attirant ainsi des yeux pleins de ces images vers nous, vers nous qu’ils ne verraient jamais que d’après ces photographies volées. D’une certaine façon, nous étions condamnés à être invisibles.


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© Laurent Margantin _ 8 juin 2014

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