Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (19)

entouré d’ombres

On l’entendait hurler plusieurs minutes sur le trottoir, au milieu des passants, proférant des propos incompréhensibles, ou rugissant comme un lion, puis il recommençait à marcher à vive allure, sans savoir exactement où il allait.
Il lui arrivait parfois de s’arrêter dans une gargote et d’engager la conversation avec le patron, accoudé un instant. Ses propos étaient alors aimables et son ton paisible, au point qu’on ne pouvait s’imaginer que cet homme, deux minutes plus tôt, avait hurlé comme il l’avait fait.
Son interlocuteur ne semblait pas le craindre, car il était connu dans le quartier. Et on savait qu’il ne se mettait jamais à crier au milieu d’une conversation, attendant pour cela d’être seul, sans personne à qui s’adresser, seulement entouré d’ombres qui le frôlaient et paraissaient le menacer.


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© Laurent Margantin _ 10 juin 2014