Éditions Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (21)

déchets

On en voyait un peu partout, de ces cadavres minuscules piétinés sur le sol. Cadavres d’oiseaux par exemple, comme celui de cet oiselet dont on ne pouvait reconnaître que la tête de côté, le reste du corps déjà enfoui ou recouvert de poussières et d’herbes.
On pouvait passer à côté d’eux sans les voir, mais l’homme qui marchait toujours la tête baissée, en quête de quelque pièce ou d’objets perdus, celui-là distinguait même les plus indistincts, comme celui de ce petit lézard à la peau rose dont ne restait plus que l’empreinte sur le sol, pattes écartées et tête levée, comme son ombre en train de s’effacer au crépuscule.
Oui, tous ces animaux écrasés, tués accidentellement ou non, tous ces déchets d’animaux étaient là, autour de lui, et il en faisait chaque jour une petite liste, accompagnée du descriptif de chacun d’entre eux, dans un cahier aux pages jaunies qu’il avait toujours sur lui, comme si se jouait là, dans cette activité déconcertante et inutile, une part de son humanité, part que ses voisins moqueurs assimilaient à une forme de voyeurisme profondément malsaine.


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© Laurent Margantin _ 11 juin 2014

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