Éditions Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (25)

reptiles

Ces reptiles qu’on appelait ici caméléons étaient de petite taille, plus gros qu’un lézard cependant, et surtout plus haut sur patte. Ils surgissaient un peu partout, sur les routes les fins d’après-midi, appréciant la chaleur du goudron, dans les jardins, et même sur les places publiques, comme celui-ci qui venait de traverser une longue étendue de béton à toute vitesse, à la peau gris clair couverte de quelques taches noires, un œil dirigé vers l’homme assis sur le banc, semblant le jauger afin de savoir dans quelle direction il allait continuer sa course après l’avoir suspendue un instant pour observer son environnement immédiat.
Cette phase d’observation avait quelque chose d’un peu comique, car l’animal, lorsqu’un passant approchait, se couchait sur le sol, les pattes soudainement aplaties, sans craindre de paraître ridicule ni surtout d’être écrasé. Une fois la menace disparue, il restait un long moment ainsi, l’œil torve toujours, sans qu’on pût deviner à l’avance quel serait son prochain geste, en général rapide et assuré.
Ainsi le reptile alternait les phases d’immobilité totale, comme s’il avait voulu se fondre au béton gris de la place, et les actions fulgurantes dirigées vers une proie invisible pour l’œil humain, laissant l’observateur perplexe sur la vraie nature de l’animal ambivalent, tout à la fois porté vers le repos et la cavalcade.


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© Laurent Margantin _ 13 juin 2014

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