Oeuvres Ouvertes

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Heinrich Heine, L’île de Norderney

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J’aime la mer comme mon âme.
Souvent il me paraît même que la mer est véritablement mon âme. En effet, ainsi que dans la mer il y a des plantes aquatiques cachées, qui ne se montrent à sa surface qu’au moment où elles s’épanouissent, et qui s’y enfoncent de nouveau lorsqu’elles se fanent : ainsi surgissent parfois des profondeurs de mon âme de merveilleuses images de fleurs, de fleurs aux yeux bleus et aux lèvres vermeilles, lis de pudeur et roses de beauté, qui répandent leurs parfums et disparaissent de nouveau – « Evelina ! »
On dit que non loin de l’île, où il n’y a rien que de l’eau aujourd’hui, se trouvaient autrefois les plus belles villes et bourgades, mais qu’un jour la mer les submergea toutes subitement, et que les bateliers voient encore, par des temps clairs et calmes, les flèches étincelantes des églises englouties par les flots ; plus d’un prétend y avoir entendu par des matinées de dimanche retentir le pieux carillon des cloches. La légende est vraie, car la mer est mon âme – et je peux dire comme mon ami Muller :
« Un monde charmant est englouti là ;
Les débris sont restés debout dans le fond,
Et ils apparaissent souvent dans le miroir de mes rêves
Comme des étincelles d’or merveilleuses –
– Et parfois en m’éveillant j’entends de lointains sons de cloche et des chants
sacrés, et le nom « Evelina ! »

© Laurent Margantin _ 18 juin 2014

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