Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (37)

bout du monde

Le nord de l’île, c’était cette rue qui traversait la ville depuis le sud, toute droite, tendue dans la direction opposée, au milieu de laquelle se trouvait le monument aux morts avec, dans une urne, un peu de la terre sacrée du pays lointain auquel l’insulaire était invisiblement rattaché.
Le nord de l’île, c’était cette ouverture sur l’océan, cet horizon qui devait signifier quelque chose au-delà des milliers de kilomètres d’eau et de terres inconnues.
Certains jours, on croyait voir apparaître des formes dans les nuages, des visages, des rues, des villes apparaissaient dans le crépuscule où se mélangeaient toutes les couleurs. A force de descendre cette rue on était comme happé par ce bout du monde sur lequel elle ouvrait, on s’y projetait, on voyait tout ce qu’on désirait voir, ce qui faisait communier un instant l’étranger avec le fou qui, descendant lui aussi la rue, mais plusieurs fois par jour, se mettait à hurler, à tenir des propos insensés, pris par des visions.


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© Laurent Margantin _ 19 juin 2014

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