Oeuvres Ouvertes

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insulaires, blogbook (53)

ville blanche

Nous étions arrivés en fin d’après-midi dans la ville blanche. De loin, nous avions vu le minaret, et surtout les quelques immeubles où s’entassait une population en transit, regroupée là parce que les autorités locales craignaient soi-disant quelque épidémie. Bien plus tard, nous avons appris que cette version officielle ne reposait sur rien. Ces hommes et ces femmes qu’on avait conduits jusqu’à la ville blanche avaient certes été arrêtés dans des embarcations de fortune à leur arrivée sur l’île, mais ils n’étaient porteurs d’aucun virus.
A travers différents contacts, nous avions réussi à entrer dans la zone de sécurité (c’était ainsi que les autorités locales appelaient ce quartier d’immeubles), et nous avions pu rencontrer quelques-uns des réfugiés, comme nous les nommions nous (et je crois bien que nous étions les seuls à leur donner un nom, le plus grand silence régnant sur eux, dont la présence, par la séquestration qu’on leur imposait dans un espace très limité, était comme une absence). Chacun d’entre eux – homme ou femme - cachait son visage derrière un voile sombre. De leur tunique ne sortaient que leurs mains posées sur leurs cuisses.
Quand nous leur parlions, ils semblaient comprendre notre langue et nous répondaient dans un parler inconnu composé de mots brefs, comme s’ils avaient été prononcés très doucement au fond de leur gorge. Mais même sans saisir le sens de ce qu’ils disaient, nous avions le sentiment, après quelques heures passées à les écouter dans la nuit qui était tombée, de percer le secret de leur origine, leurs mots inconnus effaçant à jamais le silence dans lequel on avait voulu les enfermer.


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© Laurent Margantin _ 27 juin 2014

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