Œuvres ouvertes

insulaires, blogbook (54)

navire au large

De longues heures, on observait le navire qui passait très loin au large de nos côtes, navire de guerre semblait-il, car on pouvait deviner des tourelles et des canons au-dessus de la ligne d’horizon. La mer était grise, comme le ciel – cependant dégagé.
Nous espérions profiter de ces bonnes conditions météorologiques pour qu’on nous repère et accoste enfin chez nous, mais cette situation tragi-comique qui nous faisait rejouer l’une des scènes les plus banales des films de pirates – celle des naufragés regroupés sur la plage et essayant d’attirer l’attention des navigateurs à l’aide d’un feu –, cette situation absurde et grotesque à laquelle nous étions condamnés depuis quelques temps – pour des raisons que nous ignorions – nous écœurait à un tel point que nous quittions finalement la jetée pour aller nous rasseoir à une terrasse où nous reprenions le fil d’une vie désabusée.
Bien sûr qu’ils nous voyaient là-bas, de l’autre côté, bien sûr qu’ils avaient repéré nos côtes à l’œil nu, mais comme tous les autres équipages, ils avaient évidemment reçu la consigne d’ignorer notre île. N’avait-on pas découvert, grâce une embarcation illégale qui s’était risquée jusqu’ici, un insulaire de composition récente sur lequel nous avions trouvé toutes les îles de la zone représentées, sauf la nôtre ?


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© Laurent Margantin _ 27 juin 2014