Éditions Œuvres ouvertes

La navigation poétique de Jorge Ruiz Dueñas

traduction et présentation de Philippe Chéron

Un poète à la recherche d’un « récif de syllabes exactes »

Les éléments naturels comme la pluie, le vent, le désert, sont très présents dans la poésie de Jorge Ruiz Dueñas ; notamment en ce qui concerne le monde marin : les vagues, l’océan, la faune, et ce que l’humaine présence implique : les bateaux, les cartes, les instruments de navigation… sans compter les objets quotidiens qui nous entourent et que l’on ne remarque plus : ressorts, cuillers, vis, volets, poulies… Et le voyage est bien évidemment un thème récurrent.
L’errance, la dérive, la navigation, la traversée d’une géographie bien réelle mais doublée d’un espace résolument imaginaire : telles sont les obsessions de sa poésie. Son œuvre, sa « Carta de rumbos », est une cartographie du quotidien et du rêve, de la mémoire et du temps, dans laquelle le navigateur nous invite à le suivre. C’est une métaphore de son univers intérieur, mis en éveil par un monde extérieur qui est en étroite correspondance avec le premier ; il nous déroute, nous étonne et nous ravit tour à tour. Chaque poème est un jalon, une étape dans la progression de son navire, matériel et mental ; chacun d’eux marque à sa manière les diverses étapes de son itinéraire et dans son ensemble l’œuvre dessine peu à peu avec une grande précision la carte de son voyage vital, le tracé de sa quête du « récif de syllabes exactes ».
Ce voyage peut également se faire dans le corps, avec tous ses plaisirs et ses souffrances, avec toutes ses « restrictions ». Pour tenter d’atteindre, en dernière instance, l’essence des choses : « l’existence est peuplée d’objets médullaires ». Et c’est peut-être « parce qu’il y a de la grandeur dans la petitesse ».
Il s’agit en même temps d’une poésie sensuelle, d’une poésie lyrique qui ne craint pas le recours aux sentiments ; l’amour, l’aimée, les joies du corps, un érotisme subtil célèbrent la beauté du monde et la fascinante étrangeté de la présence de l’homme ici-bas.
« Poète de partout et de nulle part », comme a pu le baptiser Abigael Bohórquez, Jorge Ruiz Dueñas a reçu le prix Xavier Villaurrutia en 1997 pour Habitaré tu nombre et Saravá. Ses ouvrages ont été célébrés par deux grands poètes décédés récemment : le Brésilien Lêdo Ivo et le Colombien Alvaro Mutis, auquel il a été lié par une longue amitié fondée en grande partie sur leur fascination commune pour la poésie et pour la mer.
Né en 1946, le poète, nouvelliste, romancier Jorge Ruiz Dueñas est promoteur culturel, enseignant-chercheur à l’Université Autonome Métropolitaine (UAM), auteur de nombreux ouvrages en sciences sociales. Le recueil Carta de rumbos 1968-1998 regroupe son œuvre lyrique ; il a ensuite publié Celebración de la memoria (Santiago du Chili 1999, avec une présentation de Gonzalo Rojas) et Cantos de Sarafán, 2005 ; Las restricciones del cuerpo, 2009 ; La esencia de las cosas, 2012 ; Albamar, 2013. Il a également publié Las noches de Salé (contes et récits sur le Maghreb,1986), El reino de las islas (2001), ainsi que les nouvelles Contratas de sangre y algunas noticias imaginarias, 2012. Il est l’auteur du livret Tierra final, cantate pour soprano et orchestre de Daniel Catán.

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© Philippe Chéron _ 8 juillet 2014

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