Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (12)

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Certaines nuits, je sentais les chiens pénétrer dans ma chambre, mais ce n’était plus l’odeur forte de la vase du lac que leur corps dégageait, c’était la puanteur de la colline, celle du premier jour au chenil et des jours suivants qui avait fini par me faire gerber un soir, les chiens assis autour de mon lit sentaient alors la charogne et j’avais envie de les chasser, puanteur soudaine que je ne pouvais m’expliquer qu’en me rappelant avoir vu certains chiens se rouler avec délice sur le cadavre d’un rongeur découvert sur un chemin, cadavre déjà bien décomposé qu’ils avaient flairé un bon moment avant de se jeter dessus, les pattes en l’air, se frottant le dos frénétiquement pour se pénétrer les poils et la chair de cette puanteur, n’était-ce pas l’un des plus vifs plaisirs de ces chiens (se frottant, hachant menu le petit cadavre du rongeur dont leurs poils absorbaient la substance huileuse, ils avaient la gueule ouverte et la langue qui pendait entre leurs crocs, et ils bavaient), n’était-ce pas ce qui, au quotidien, les occupait autant voire plus que la recherche de nourriture, cette quête d’un animal mort sur lequel ils pouvaient se rouler pendant de longues minutes, laissant après leur passage un petit morceau de peau tannée qu’ils reniflaient encore quelques instants, ivres de cette puanteur qui, à présent, au milieu de la nuit, emplissait ma chambre, imprégnait déjà mes draps et imprégnerait bientôt tout mon corps ? Ces nuits-là, la puanteur des chiens était si forte que j’avais du mal à ne pas les chasser, je tentais de me mettre le nez sous les draps mais les chiens qui venaient me lécher une joue de leur truffe les écartaient de mon visage, surtout je m’étonnais que la mère à côté ne soit pas alertée par la puanteur qui régnait non seulement dans ma chambre mais dans le couloir où passaient les chiens, peut-être était-elle assoupie mais je ne le croyais pas, et si c’était le cas comment se faisait-il qu’en sortant de sa chambre le matin elle n’ait pas remarqué l’odeur laissée par les chiens dans toute la maison, comment était-il possible qu’elle n’ait pas reniflé les effluves provenant de ma chambre et du couloir alors qu’elle était capable de sentir la moindre mauvaise odeur dans la maison, se plaignant par exemple que j’aie laissé la porte des toilettes ouverte à l’étage quand elle était en bas dans la cuisine ?



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L’auteur

Première mise en ligne le 6 septembre 2014

© Laurent Margantin _ 2 juin 2016

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