Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Le Chenil (17)

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Épuisée de m’avoir tant insulté et attaqué, elle finissait par s’asseoir à la table de la cuisine, toujours à la même place devant le frigidaire (elle veillait en effet à ce que je n’y ai pas accès librement quand elle était assise là, il fallait qu’elle se lève pour que je puisse l’ouvrir, ce qui alors lui donnait un motif pour m’agresser parce que je la dérangeais, ou bien elle ne se levait pas et bloquait la porte du frigidaire avec sa chaise et son coude quand j’essayais de l’ouvrir, ce qui l’énervait également, mais elle pouvait refuser obstinément de se lever, et alors je devais battre en retraite), elle était en nage et tremblait de tout son corps, continuant à marmonner les mêmes insultes en boucle, sa colère retombait, ou plutôt elle cessait de s’exprimer verbalement car tout son corps, même silencieux, était colère, rage, fureur, dans leur sécheresse et leur fragilité chacun de ses membres et tout son être étaient chargés d’une haine viscérale à mon endroit, tout ce que je faisais ou disais l’irritait, la faisait exploser dans la seconde qui suivait, et ce matin comme les autres matins sa rage se nourrissait de cette porte que j’avais soi-disant oubliée de fermer, alors qu’elle savait comme moi que c’était elle qui était descendue l’ouvrir au milieu de la nuit pour que les chiens puissent pénétrer dans la maison et venir jusque dans ma chambre, oui, elle le savait, ses yeux étincelaient quand elle me disait bon à rien, tu as encore oublié de fermer la porte de la cave, elle jubilait car elle savait que je savais, oui, elle savait que je savais que c’était elle qui était descendue ouvrir la porte en pleine nuit et que je n’avais pas oublié de la fermer, elle me testait, elle me provoquait, cherchant à me faire exploser, car ce qui l’irritait peut-être le plus c’était que je n’explosais jamais, ne répondant jamais à ses attaques, baissant la tête, me taisant, ne cherchant jamais à la convaincre que je n’étais pas coupable de ce qu’elle me reprochait, conscient que c’était tout à fait vain, cette attitude passive chez moi l’irritait au plus haut point, renforçait sa rage, et plus elle s’énervait contre moi à propos des chiens que j’avais soi-disant laissés entrer dans la maison et plus je restais calme, et plus je restais calme et plus elle s’énervait contre moi, jusqu’à l’épuisement (tandis que moi je conservais toutes mes forces intactes, ne m’épuisant jamais dans de vaines explications ou des ripostes inutiles).



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L’auteur

Première mise en ligne le 12 septembre 2014

© Laurent Margantin _ 2 juin 2016

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