Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (21)

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Une fois lancé sur la question des chiens, Ivan ne s’occupait plus de ce qui se passait autour de lui et ne faisait pas du tout attention au fait que je le reniflais, discrètement certes, seulement quand il détournait un peu le regard, mais un autre aurait fini par remarquer mon nez tendu au-dessus de ses cheveux, un autre que lui aurait entendu mon reniflement certes léger mais tout de même audible puisque je n’étais pas loin de l’une de ses oreilles, et aurait exprimé son étonnement voire sa colère d’être ainsi reniflé par l’un de ses semblables, Ivan lui ne s’occupait que de ce qu’il avait à raconter sur les chiens qu’il avait pu observer, me parlant notamment de leurs courses effrénées dans les rues mais aussi des nombreuses déjections (c’est le mot qu’il employait) partout sur les trottoirs qui forçaient les passants à marcher en zigzag et la tête tournée vers le sol, c’est un spectacle amusant, disait-il, tous ces passants qui marchaient ainsi sur le trottoir, fâchés évidemment, se plaignant non seulement de la présence des chiens mais également de la saleté des rues et de toute la ville, de l’état de leur jardins aux plates-bandes souvent saccagées, de leurs poubelles renversées, et surtout de l’angoisse permanente dans laquelle il leur fallait vivre, craignant que les chiens rentrent chez eux et les attaquent, mais ce n’était pas tout, Ivan racontait aussi que les passants se plaignaient du fait que la ville ne faisait rien pour régler le problème des chiens, oui, c’est comme ça qu’ils disent, ajoutait Ivan, le problème des chiens, les passants voulaient que ce problème soit réglé et vite, et ils envisageaient de commencer à se rassembler devant le Conseil si cela continuait. Normalement les gens étaient plutôt tranquilles et les relations de voisinage pacifiques, ils se fâchaient rarement entre eux ou contre quelque chose, au début d’ailleurs, c’est ce que j’avais observé dans mon propre quartier, les gens n’avaient exprimé aucune agressivité envers les chiens errants, mais au fil des semaines, suite aux dégradations de plus en plus nombreuses dans les jardins et dans les rues de la ville, j’avais moi-même constaté une certaine nervosité chez eux (sans parler de la mère qui, dès l’apparition des premiers chiens, était devenue hystérique et avait commencé à vérifier chaque soir la fermeture des portes et des fenêtres, ce que n’avaient pas fait les voisins), si bien que ce qu’Ivan me racontait au sujet de la colère des passants qui parlaient désormais d’aller protester devant le Conseil m’étonnait, comme si, tout à coup, leur patience était à bout, sans doute parce qu’ils étaient habitués à ce que chacune de leurs plaintes, chacune de leurs récriminations soit immédiatement entendue et que le moindre de leurs problèmes concernant la sécurité et la protection de leurs biens soit aussitôt réglé, ce qui n’était semble-t-il pas le cas avec le problème des chiens, qui les irritait chaque jour un peu plus parce qu’aucune solution n’était apportée par les autorités de la ville.



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L’auteur

Première mise en ligne le 17 septembre 2014

© Laurent Margantin _ 27 juin 2016

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