Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Le Chenil (25)

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Couché profondément endormi je pensais à ce qu’Ivan me racontait jour après jour sur le banc du square derrière l’arrêt de bus où nous nous retrouvions chaque fin d’après-midi, à force de l’écouter me raconter chaque jour les mêmes histoires je voyais les vieux je les entendais se plaindre raconter ce qui leur était arrivé ou bien parler uniquement de leurs peurs et les partager avec les autres vieux, je les voyais je les entendais se liguer menacer d’aller devant le Conseil pour exiger que le problème des chiens soit réglé et définitivement réglé, parmi eux il y avait la mère évidemment, la mère qui devait parler plus fort que tous les autres vieux ou bien restait-elle à l’écart à simplement observer et écouter j’en doute, non, elle devait encourager les autres les exciter leur dire d’aller manifester devant le Conseil leur proposer des slogans elle était très forte pour les slogans car elle s’était entraînée avec moi elle s’entraînait avec moi à longueur de journées me prenant pour cible, oui, je voyais et j’entendais la mère au milieu des vieux, je la voyais en train d’écouter leurs plaintes et de les reprendre en leur trouvant une nouvelle formulation, une formulation plus violente parce que plus imagée, la mère avait la politique dans le sang, elle savait agiter les foules les peurs collectives, sans doute restait-elle des nuits entières à sa fenêtre à guetter les chiens pour sentir et exciter en elle la peur de tous les autres vieux la peur collective, couché profondément endormi je songeais à la mère comme à l’instigatrice de toute cette peur de toute cette rage contre les chiens, elle avait souhaité leur venue pour que cette peur apparaisse en elle et se diffuse autour d’elle, elle avait même rêvé des chiens qui avaient fini par venir, elle les avait guettés pendant des années sans doute à la même place mais je n’en savais rien, elle avait même dû apprendre quelle catastrophe s’était produite de l’autre côté de la frontière au pays des chiens et elle l’avait peut-être annoncée autour d’elle, peut-être était-elle même passée pour une prophète et désormais elle motivait excitait ses troupes, oui tout cela je le voyais je l’entendais couché profondément endormi pensant à ce qu’Ivan me racontait jour après jour sur le banc du square derrière l’arrêt de bus où nous nous retrouvions chaque fin d’après-midi.



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L’auteur

Première mise en ligne le 22 septembre 2014

© Laurent Margantin _ 27 juin 2016

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