Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (32)

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Chaque matin je voyais la mère sortir de la maison et se diriger vers la boîte aux lettres, prendre le courrier avec plus d’empressement que d’habitude, manifestement elle cherchait une lettre qu’elle ne trouvait pas, manifestement elle attendait chaque matin le facteur avec impatience en espérant que la lettre arriverait mais elle n’arrivait pas, elle rentrait alors en claquant violemment la porte derrière elle et venait dans ma chambre pour me gueuler à nouveau dessus, elle reparlait de la lettre qui n’était pas arrivée, elle ne pouvait s’empêcher de me menacer avec cette lettre qui allait arriver d’un jour à l’autre, j’avais fini par rêver de cette lettre, je la voyais étalée sur la table de la cuisine devant la mère qui la lisait à voix haute, radieuse, comme si elle avait eu devant elle un grand couteau, je m’approchais mais n’arrivais pas à entendre ce que lisait la mère, il me suffisait pourtant de la regarder la lire pour savoir de quoi il s’agissait, une sentence de mort ça ne pouvait être qu’une sentence de mort. Nuit après nuit je rêvais de la lettre, la mère sortait un matin et allait à la boîte aux lettres, elle en tirait le courrier fiévreusement et découvrait la lettre qu’elle avait attendue avec tellement de passion, j’étais à la fenêtre de ma chambre et je la voyais déchirer l’enveloppe de ses griffes, elle tenait le papier dans une main et lisait sourire aux lèvres avant de se tourner vers ma fenêtre en tendant le papier, nuit après nuit je rêvais de cette scène, m’endormant désormais quelques instants après que les chiens étaient passés pour voir la lettre, enfin voir la mère qui allait la chercher dans la boîte aux lettres, jour après jour la menace n’avait cessé de grandir, de se renforcer, jour après jour la voix de la mère était devenue plus menaçante quand elle parlait du chenil et de la tâche qui m’attendait, tu vas bientôt aller au chenil ne cessait-elle de répéter en jubilant, au chenil dans la forêt ajoutait-elle en me donnant une claque sur la joue, jour après jour elle parlait de la lettre et oubliait de m’insulter, étais-je déjà loin à ses yeux, étais-je déjà parti dans la forêt, jour après jour elle courait à la boîte aux lettres chercher la lettre qui n’était pas arrivée et nuit après nuit je rêvais de la mère qui courait à la boîte aux lettres en tirait le courrier fiévreusement déchirait l’enveloppe de ses griffes lisait sourire aux lèvres avant de se tourner vers ma fenêtre en tendant le papier, puis le rêve continuait dans la cuisine où je retrouvais la mère assise devant la lettre radieuse comme si elle avait eu devant elle un grand couteau et là je la voyais lire la lettre sans entendre ce qu’elle lisait, il me suffisait pourtant de la regarder la lire pour savoir de quoi il s’agissait, une sentence de mort ça ne pouvait être qu’une sentence de mort.



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L’auteur

Première mise en ligne le 30 septembre 2014

© Laurent Margantin _ 27 juin 2016

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